Automobile - L'Usine nouvelle

Mise à jour Coronavirus 27-02-2020

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Le post est mis à jour dans la journée.
Niveau boursier, ça a arrêté de chuter hier. Aux USA, Trump s’est adressé à la Nation pour dire qu’il fermera les frontières le moment venu, mais que ce n’est pas encore le cas pour l’Italie et la Corée du Sud. Le Premier Ministre Australien a dit qu’il considérait ça comme une pandémie. En Allemagne ils disent se préparer à une pandémie aussi (ils ont eu 9 cas hier).
La bonne nouvelle c’est qu’il y a potentiellement un traitement prometteur, la chloroquine, déjà utilisé contre la malaria (et pas cher). L’étude actuelle est très limitée, des tests sont en cours.
Au niveau supply chain, la situation est très mauvaise sur les composants électroniques, se tend sur les produits chimiques et le textile. Au niveau automobile, mis à part Toyota qui avait ses usines dans une partie peu touchée de la Chine et a pu les redémarrer, les autres constructeurs dépendants de la Chine ont toujours des soucis.
La mauvaise nouvelle c’est qu’il y a un cas de reinfection avéré. Au Japon, une des premières contaminées vient d’être testée à nouveau positive.
Source données chiffrées
Pour les impacts économiques, il y a covid19_economics.
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La marginalisation des Métis et la lutte pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud - Pour un parti léniniste d’avant-garde,tribun de tous les opprimés ! ( 2 - 2 ) (Juin 2016)

https://archive.is/oGtsB
L’emprise de la fausse conscience nationaliste sur le prolétariat est avant tout le produit du poids écrasant de l’oppression nationale que subit la majorité noire. Pour apporter une réponse à cette question brûlante et mobiliser les masses prolétariennes et plébéiennes contre les dirigeants traîtres nationalistes, nous avançons un programme pour une direction prolétarienne dans la lutte de libération nationale, exprimé dans le mot d’ordre d’un « gouvernement ouvrier centré sur les Noirs ».
Nous luttons pour gagner à ce programme les travailleurs métis qui ont une conscience de classe ainsi que d’autres militants antiracistes métis. Nous considérons que le combat pour la libération nationale de la majorité noire opprimée est la force motrice stratégique d’une révolution ouvrière pour mettre à bas le système raciste du néo-apartheid qui opprime tous les travailleurs non blancs. L’oppression des Métis (et des Indiens) est directement déterminée par la surexploitation du prolétariat noir, et toute lutte significative pour mettre fin à cette oppression implique nécessairement un combat pour la libération nationale de la majorité noire opprimée. De même, toute lutte significative pour la libération des Noirs implique un combat sans concession contre le nationalisme noir, qui est imbibé de préjugés anti-Métis et anti-Indiens. C’est essentiel pour construire un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste racialement intégré qui puisse intervenir parmi toutes les couches opprimées et y lutter pour une direction révolutionnaire. Sous un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs les Métis, les Indiens, les Asiatiques et ceux des Blancs qui accepteront un gouvernement basé essentiellement sur les travailleurs noirs auront un rôle important à jouer et bénéficieront des pleins droits démocratiques.
Particulièrement pendant les premières années de néo-apartheid, beaucoup de militants de gauche sud-africains étaient très hostiles à notre mot d’ordre. Ils disaient qu’en reconnaissant l’existence de différences et de divisions au sein des masses non blanches, nous faisions écho à la ligne du régime d’apartheid qui menait constamment une politique de diviser pour régner entre les différents groupes raciaux, et qui cherchait à renforcer les identités tribales et ethniques. Parmi ces tendances de gauche, il y avait le New Unity Movement (qui allait donner plus tard naissance au Democratic Socialist Movement/Workers and Socialist Party) et les pseudo-trotskystes qui gravitent actuellement autour du « think tank » syndical ILRIG (International Labour Research and Information Group). Ces groupes adhéraient à l’illusion du « non-racialisme » de l’ANC. Ce faisant, ils niaient les manifestations bien réelles et spectaculaires des divisions raciales, nationales et tribales dans l’Etat du néo-apartheid de Mandela. Les fictions nationalistes sur la « nation arc-en-ciel » et la « construction de la nation » étaient pour eux autant de moyens de nier la réalité, parce que leurs programmes réformistes sont fondamentalement incapables de la changer.
C’est ainsi qu’en 1997 un groupe pseudo-trotskyste basé au Cap, la Workers International Vanguard League (WIVL, rebaptisée aujourd’hui Workers International Vanguard Party) nous avait écrit une « lettre ouverte » de 19 pages qui était en grande partie consacrée à ressasser l’affirmation calomnieuse et sinistre que « les spartacistes encouragent les divisions raciales en Afrique du Sud ». La WIVL s’opposait à notre mot d’ordre de gouvernement ouvrier centré sur les Noirs, parce que cela signifiait pour eux qu’« un gouvernement ouvrier en Afrique du Sud devrait avoir une garantie raciale inscrite dans sa constitution ». Dans notre réponse à la WIVL (reproduite, avec leur « lettre ouverte », dans notre brochure Hate Trotskyism, Hate the Spartacists n° 1, juillet 1998), nous faisions remarquer que ce « daltonisme racial » masquait en réalité une capitulation de la WIVL devant le communautarisme métis et un déni de la hiérarchie raciale structurelle du capitalisme sud-africain, avec son oppression spécifique des Africains noirs au bas de l’échelle sociale.
En Afrique du Sud, l’exploitation de classe et l’oppression nationale sont intimement entremêlées. Malgré l’existence d’un prolétariat métis numériquement significatif, notamment au Cap-Occidental, et d’une classe ouvrière urbaine indienne au Natal, l’écrasante majorité des ouvriers sont des Africains noirs. En attaquant notre mot d’ordre de gouvernement ouvrier centré sur les Noirs, la WIVL attaquait en fait Léon Trotsky lui-même. Celui-ci écrivait en effet dans son seul texte important consacré à l’Afrique du Sud, une lettre de 1935 à des révolutionnaires sud-africains :
« Mais il est absolument évident que la majorité écrasante de la population, affranchie de la dépendance servile, marquera l’Etat d’une empreinte déterminante.
« Dans la mesure où la révolution victorieuse changera radicalement les rapports non seulement entre les classes, mais aussi entre les races, et assurera aux Noirs la place dans l’Etat qui correspond à leur nombre, la révolution sociale en Afrique du Sud aura également un caractère national. »
Pour nous, la révolution prolétarienne en Afrique du Sud sera l’acte suprême de la libération nationale. Mais cela n’implique pas le moindre soutien politique au nationalisme en tant qu’idéologie, ni au projet de « construction de la nation ». L’Afrique du Sud n’est pas une nation mais un Etat issu du colonialisme ; elle inclut différents peuples et elle repose sur une hiérarchie raciale brutale. Les frontières de presque tous les Etats africains, l’Afrique du Sud y compris, ont été tracées arbitrairement par les puissances coloniales et elles n’ont aucune légitimité nationale. Les tribus et les peuples ont souvent été dépecés entre deux ou plusieurs pays tandis que deux ou plusieurs peuples antagonistes étaient souvent forcés de cohabiter à l’intérieur d’un même Etat. Une solution démocratique, égalitaire et rationnelle est impossible sous le capitalisme. La lutte pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud fait partie intégrante de notre perspective d’une fédération socialiste d’Afrique australe.
Combattre l’idéologie nationaliste signifie s’opposer aux préjugés et aux stéréotypes chauvins sur les Métis qui sont monnaie courante parmi les Africains noirs, et que l’ANC, l’EFF et autres nationalistes encouragent. Dans beaucoup de langues africaines, des termes racialement péjoratifs comme amaBoesman (« homme de la brousse ») sont le terme habituel (et parfois unique) pour désigner les Métis. Il y aussi l’idée fausse mais très répandue que la population métisse serait simplement le produit du métissage entre Noirs et Blancs. Cette conception fausse s’accompagne souvent de préjugés anti-Métis : que les Métis « ne savent pas d’où ils viennent », qu’« on ne peut pas leur faire confiance », etc. Cela reflète l’acceptation de la notion des « races » comme des catégories biologiques intrinsèques et figées. Traditionnellement, cette idée fausse était mise en avant pour essayer de légitimer de façon pseudo-scientifique l’esclavage et l’oppression des Noirs en « prouvant » que ceux-ci étaient « inférieurs ». (Pour une réfutation de ces mythes dans le contexte américain, voir notre article « La “courbe en cloche” et le génocide made in USA », Black History and the Class Struggle n° 12, février 1995).
Les catégories raciales sont le produit de rapports sociaux humains et non de la génétique – ce qui signifie que les identités et préjugés raciaux sont façonnés par le développement historique spécifique de la société au sein de laquelle ils existent. La population métisse se compose d’un mélange complexe des différents peuples qui se sont installés en Afrique du Sud au fil des siècles : esclaves venus d’Afrique de l’Est, du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est ; colons blancs originaires de Hollande et d’autres pays d’Europe ; Khoïkhoï, San et autres peuples autochtones.
Il existait bien une hiérarchie raciale complexe dans la colonie du Cap à l’époque de l’esclavage. Mais la consolidation de ces peuples divers en une population métisse telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est-à-dire en une caste de race-couleur de statut intermédiaire dans la hiérarchie raciale, s’est produite plus tard. Ce processus était étroitement lié à la formation d’une économie capitaliste en Afrique du Sud à la fin des années 1800. C’est ce que montre Ian Goldin dans son livre Making Race – The Politics and Economics of Coloured Identity in South Africa (1987) : « Ce n’est pas un hasard si la période qui a vu l’évolution d’une identité métisse distincte a aussi vu une transformation spectaculaire du travail », au fil des migrations de travail vers les villes de la colonie du Cap. Goldin décrit comment cette distinction est apparue parmi les travailleurs dans les années 1890 ; les employeurs sur les docks, dans les fermes et ailleurs ont alors divisé les travailleurs en « indigènes » (que l’on embauchait de préférence pour les emplois manuels non qualifiés les plus pénibles) et « gars du Cap » ou « Métis » (que l’on préférait pour les emplois d’artisan, comme charpentiers ou maçons).
La lutte de classe et le rôle des communistes
Il serait bien sûr erroné et extrêmement simpliste de penser que les rapports entre Noirs et Métis sont seulement faits d’antagonismes et de méfiance réciproque. A côté des exemples de conflits raciaux, il y a aussi des exemples notables de lutte contre les tactiques de diviser pour régner de la bourgeoisie. Contre ceux qui colportent des stéréotypes raciaux, il faut souligner que la population métisse n’est aucunement homogène (ni d’ailleurs non plus la population noire) : les attitudes politiques et sociales diffèrent considérablement d’un individu à l’autre, sur la base de l’origine de classe, de l’expérience personnelle et d’autres facteurs. De plus, les attitudes prédominantes dans la population métisse ne sont pas figées ; elles varient selon l’époque et l’endroit. Par exemple, le soutien à la DA est en général moins fort parmi les travailleurs métis des zones rurales (les régions agricoles du Cap-Occidental ainsi qu’une bonne partie du Cap-Nord) que dans les zones urbaines.
En termes d’intervention communiste, une priorité doit porter sur les industries où travailleurs noirs et métis sont intégrés sur le lieu de production, comme par exemple les usines automobiles du Cap-Oriental ou le secteur agricole du Cap-Occidental. Les divisions raciales entre Noirs et Métis nuisent aux intérêts matériels fondamentaux de la classe ouvrière, et le fonctionnement même de l’exploitation capitaliste oblige les ouvriers à s’organiser collectivement contre les employeurs. La lutte de classe crée les conditions objectives pour combattre et surmonter les divisions raciales et autres : chaque grève âprement disputée montre inévitablement que l’unité de classe est nécessaire contre les capitalistes.
Prenons la grève des ouvriers agricoles de 2012-2013 au Cap-Occidental. La grève a été particulièrement importante à De Doorns. Cette ville avait été en 2009 le théâtre de violents pogroms anti-immigrés, qui avaient contraint plus de 3 000 immigrés (principalement zimbabwéens) à se réfugier dans des camps de fortune. Certains disent que ces agressions auraient été déclenchées par les « labour brokers » [loueurs de main-d’œuvre] sud-africains qui, dans le but d’éliminer la concurrence de leurs homologues zimbabwéens, auraient incité des émeutes anti-immigrés en accusant les travailleurs zimbabwéens de « voler » les emplois des Sud-Africains. Cet exemple est loin d’être le seul. Il montre comment les fermiers blancs et des parasites comme les « labour brokers » divisent pour régner en faisant en sorte que les différentes catégories d’ouvriers agricoles continuent à subir une exploitation féroce : ils dressent les hommes contre les femmes, ceux qui ont un emploi fixe contre les saisonniers, les ouvriers métis contre les ouvriers noirs, etc.
Quand les grèves éclatèrent en 2012, les fermiers essayèrent d’utiliser la même tactique pour torpiller la grève en semant la division, avec le soutien du gouvernement du Cap-Occidental dirigé par Zille et la DA. Mais cela ne parvint pas à briser la solidarité et l’unité de cette grève combative qui transcendait les antagonismes raciaux et nationaux. Un dirigeant du comité de grève expliqua à Jesse Wilderman (de l’université de Wits) que « les gens étaient tous unis – Zims, Sothos, Métis, ceux qui parlaient le xhosa – tout le monde était uni […]. La grève a ressuscité la culture de lutte des années 1980 et nous étions vraiment unis, le groupe tout entier » (Farm Worker Uprising in the Western Cape : A Case Study of Protest, Organising, and Collective Action, 26 septembre 2014). Les grévistes furent confrontés à une répression féroce mais ils arrachèrent de modestes concessions avec une augmentation du salaire minimum de 69 à 105 rands (de 4 à 6 €) par jour.
En réaction à cette augmentation extrêmement maigre de salaires de misère, les fermiers racistes se livrèrent à toute une série de représailles pour intimider et persécuter les grévistes les plus combatifs. Les fermiers combinèrent ces représailles avec des provocations calculées destinées à attiser les divisions entre ouvriers. Certains fermiers firent venir de nouveaux ouvriers étrangers pour contourner l’augmentation du salaire minimum, certains auraient fait venir des ouvriers métis d’autres régions pour éviter d’embaucher les saisonniers actifs dans la grève, tandis que d’autres expulsèrent de leur logement à la ferme les ouvriers en fixe ayant participé à la grève. Ces mesures semblent avoir réussi à raviver dans certaines régions les vieilles divisions nationales et raciales réactionnaires. Wilderman rapporte ainsi qu’un groupe d’ouvriers qu’il a interviewés à De Doorns menaçait de répéter les pogroms de 2009.
C’est une leçon clé de cette grève et de ses suites : si les luttes économiques des travailleurs posent bien la question de la nécessité de l’unité de classe transcendant les divisions raciales et autres, elles ne peuvent pas par elles-mêmes forger cette unité de façon conséquente et durable. Pour cela il faut un parti ouvrier révolutionnaire de type bolchévique. Comme l’expliquait Lénine dans Que faire ? (1902), l’histoire montre que la classe ouvrière ne peut pas engendrer spontanément une conscience socialiste sur la seule base de sa propre activité. Cette conscience doit être introduite de l’extérieur, grâce à l’intervention d’un parti d’avant-garde qui a concentré les leçons de l’histoire de la lutte de classe internationale dans un programme marxiste révolutionnaire. Un tel parti ne limiterait pas son intervention aux luttes économiques immédiates de la classe ouvrière ; il devrait agir en tribun du peuple pouvant réagir à toute manifestation de tyrannie et d’oppression, quelle que soit la couche ou la classe de la population concernée.
Le Parti bolchévique construit par Lénine luttait avec acharnement pour les droits démocratiques de toutes les nationalités dans la Russie tsariste, qui était une « prison des peuples ». Au cœur de la position de Lénine sur la question nationale, il y avait la nécessité urgente pour les révolutionnaires prolétariens de prendre fait et cause pour les luttes contre l’oppression nationale et de se battre pour l’égalité de toutes les nations, de manière à déblayer les obstacles à l’unité de la classe ouvrière. Dans ses « Notes critiques sur la question nationale » (1913), Lénine écrivait : « Aux querelles nationales que se livrent entre eux les différents partis bourgeois pour des questions de langue, etc., la démocratie ouvrière oppose la revendication suivante : unité absolue et fusion totale des ouvriers de toutes les nationalités dans toutes les organisations ouvrières […], contrairement à ce que prêchent tous les nationalistes bourgeois. »
Si Lénine et les bolchéviks gagnèrent l’autorité politique nécessaire pour lutter pour l’unité de l’avant-garde prolétarienne par-delà les divisions nationales, c’est parce qu’on les connaissait comme les adversaires les plus résolus du chauvinisme grand-russe et de l’oppression de toutes les minorités nationales. Quand l’autocratie tsariste menaça de « noyer la révolution dans le sang des Juifs » à l’apogée de la Révolution de 1905, au mois d’octobre, la rumeur d’un pogrom antijuif se répandit à Saint-Pétersbourg. En moins de quelques heures, 12 000 ouvriers en armes avaient été mobilisés par le soviet (conseil) ouvrier pour repousser les bandes réactionnaires des « Cent-Noirs ».
Il existe d’importantes différences dans la forme que prend l’oppression nationale et raciale entre l’Afrique du Sud et la Russie tsariste. La plus significative : alors que la majorité des ouvriers qui firent la Révolution russe de 1917 étaient ethniquement russes (et luttaient contre des exploiteurs russes qui opprimaient d’autres nationalités), en Afrique du Sud l’écrasante majorité des travailleurs subissent une oppression nationale de la part d’une minorité blanche. De plus, les différents peuples qui habitent l’Afrique du Sud ne constituent pas des nations séparées car ils sont intégrés dans une seule économie. Malgré ces différences, l’approche de Lénine et des bolchéviks est tout à fait pertinente pour aborder les divisions raciales, tribales et autres parmi les opprimés dans ce pays, notamment la nécessité urgente de mobiliser le prolétariat pour défendre les immigrés.
La controverse sur les mesures préférentielles
L’affirmative action [mesures préférentielles] est l’une des questions qui focalisent les antagonismes raciaux. Les controverses à ce sujet se sont multipliées en 2011, en réaction à des propositions d’amendements à la Loi sur l’égalité dans l’emploi qui auraient fixé des objectifs d’emploi et des quotas reflétant la démographie nationale et non plus locale. Les Métis du Cap-Occidental ont à juste titre considéré cela comme une attaque raciste à leur encontre car cela aurait signifié qu’alors qu’ils sont majoritaires dans cette région, la part des emplois devant être occupés par des Métis serait fixée à environ 9 %. La logique de cette proposition est un programme raciste de transferts forcés de populations, ce qui est une des nombreuses directions réactionnaires que peut prendre la « construction de la nation » sous le capitalisme. C’est ce qu’a explicité Jimmy Manyi (à l’époque un des dirigeants du Black Management Forum avant de devenir porte-parole du gouvernement ANC), qui dans différentes interviews fustigeait la « concentration excessive » de Métis au Cap-Occidental.
Dans une veine nationaliste similaire, Manyi se plaignait aussi du nombre élevé d’Indiens ayant bénéficié de mesures préférentielles et du « Black Economic Empowerment » [Promotion économique des Noirs] ; il laissait entendre qu’ils devraient être exclus de ces deux programmes. Les modifications proposées aux mesures préférentielles ont été supprimées de la version finale de l’amendement suite à un arrêt du Tribunal du travail du Cap, mais une campagne anti-Indiens persistante s’est développée ces dernières années, notamment dans la province du Kwazulu-Natal. Elle est menée par des associations de patrons noirs qui essaient d’éliminer la concurrence des Indiens sur les marchés publics et autres. Des membres de l’ANC et de l’EFF de Malema soutiennent ce genre de saleté réactionnaire. Même si l’EFF se présente aujourd’hui en « défenseur » des Métis, et qu’il est soutenu par une partie des Métis du Cap-Occidental, il faut se souvenir que Malema et Floyd Shivambu, les dirigeants actuels de l’EFF, étaient des partisans déclarés de Jimmy Manyi en 2011, quand ils étaient à la tête de la Ligue de jeunesse de l’ANC.
Ces attaques racistes contre les minorités métisse et indienne contribuent à renforcer les divisions raciales et à pousser les travailleurs métis et indiens dans les bras de leurs pires ennemis. C’est ainsi que Solidarity, un syndicat réactionnaire dominé par les Blancs, a pu se faire passer pour un champion de la minorité métisse en attaquant devant les tribunaux les mesures préférentielles proposées. L’objectif de Solidarity est de supprimer complètement les mesures préférentielles, et plus largement de défendre les privilèges des Blancs, comme le montre sans ambiguïté une formule (supprimée depuis) affichée sur son site internet : « A cause de l’idéologie de la représentation, les masses ne profitent pas et les Blancs sont gravement désavantagés. »
Solidarity était partie civile de dix gardiens de prison (neuf Métis et un Blanc) qui n’avaient pas eu de promotion à cause des quotas basés sur la démographie nationale. Soyons clairs : tous les matons, qu’ils soient noirs, métis ou blancs, sont des ennemis jurés des travailleurs et des opprimés. Tout comme pour les policiers, leur travail, c’est la répression raciste au service des capitalistes. Ils n’ont pas leur place dans les syndicats ni dans aucune autre organisation ouvrière.
Nous défendons les mesures préférentielles contre les tentatives racistes de les supprimer, et nous sommes aussi contre les tentatives racistes d’exclure les Métis et les Indiens ; mais le but des communistes n’est pas de défendre le misérable statu quo sous le capitalisme. Les mesures préférentielles ne peuvent pas faire disparaître les discriminations racistes omniprésentes dans le travail et l’éducation, parce que ce genre de mesures présuppose le maintien du système capitaliste où les opprimés sont en concurrence pour une poignée d’emplois, dans une société où le taux de chômage est énorme.
Pour un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs !
Il faut mener une bataille politique à l’intérieur des syndicats pour une nouvelle direction lutte de classe. Cette bataille doit être livrée à la fois contre les dirigeants traîtres pro-Alliance de la COSATU et contre leurs opposants réformistes comme la bureaucratie du NUMSA, le syndicat de la métallurgie. Une direction lutte de classe chercherait à unir les travailleurs – Noirs et Métis, hommes et femmes, salariés et chômeurs, etc. – dans une lutte commune, dont l’idée de départ serait que leurs intérêts sont tous fondamentalement incompatibles avec ceux des capitalistes. Aussi longtemps que les travailleurs se font une concurrence acharnée pour un nombre limité d’emplois, les patrons chercheront toujours à diviser pour régner afin d’affaiblir le mouvement syndical.
Il faut lutter pour le contrôle syndical sur l’embauche, et des projets spécifiques gérés par les syndicats pour aller chercher et former les travailleurs des catégories les plus opprimées. Il faut lier cela au combat pour des emplois pour tous en exigeant que le travail disponible soit partagé, sans perte de salaire, entre tous ceux qui sont en mesure de travailler. Il faut se battre, suivant les principes de la lutte de classe, pour briser le système d’esclavage des « labour brokers » en mobilisant les syndicats dans une lutte pour des emplois fixes pour tous les travailleurs sous contrat, un salaire égal à travail égal, des conditions syndicales et une pleine protection syndicale pour tous. Il faut aussi se battre pour les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui ont réussi à arriver ici.
Le document-programme de l’ANC « Les mesures préférentielles et la nouvelle constitution », écrit par Albie Sachs en 1994, affirme explicitement que les mesures préférentielles ont été choisies comme alternative à la solution évidente de commencer à réparer les injustices monumentales du pouvoir de la minorité blanche ; cette alternative aurait consisté à « confisquer les bénéfices de l’apartheid et les partager entre ceux qui avaient été dépossédés ».
Cela n’a bien sûr jamais été dans l’intention de l’ANC, déjà parce que ce parti est déterminé à préserver le capitalisme. Cela mène à s’interroger sur la cause de la perpétuation des divisions raciales et tribales au sein des masses non blanches. Tout comme les autres manifestations nombreuses d’arriération économique et sociale, elles sont l’héritage raciste de la domination impérialiste et de l’apartheid, et elles ne peuvent être résolues sous le capitalisme. La théorie de la révolution permanente de Trotsky est la seule à montrer la voie vers la modernisation économique et sociale des pays à développement capitaliste retardataire. Celle-ci s’applique à l’Afrique du Sud à travers le mot d’ordre d’un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs.
Un logement décent pour les millions de personnes vivant dans les townships, les camps et les villages de squatters – y compris des logements racialement intégrés –, une éducation gratuite et de qualité, l’éradication de la lobola [le prix de l’épousée] et des autres pratiques patriarcales traditionnelles qui oppriment les femmes : pour accomplir tout cela, il faut renverser le capitalisme du néo-apartheid. Un gouvernement ouvrier centré sur les Noirs en Afrique du Sud commencerait par exproprier les « randlords » et leurs hommes de paille noirs et s’emparer des « bénéfices de l’apartheid » et des moyens de production. Sous un gouvernement ouvrier, ces ressources ne seraient pas utilisées seulement pour redistribuer les richesses, mais plus fondamentalement pour réorganiser et augmenter la production sur une base socialiste ; c’est ce qui est vraiment nécessaire pour réaliser la modernisation économique et sociale dont le besoin est si criant.
La réussite de la transformation socialiste dépendra fondamentalement de l’extension internationale de la révolution, notamment aux centres impérialistes. La révolution prolétarienne internationale signifiera l’expropriation et le contrôle centralisé des richesses productives de l’Amérique du Nord, de l’Europe et du Japon. L’utilisation intensive et rationnelle des ressources économiques, et en particulier des investissements utilisant la technologie la plus avancée, provoqueront une augmentation qualitative de la productivité, ce qui permettra ainsi d’arriver rapidement à une économie totalement automatisée. Le formidable accroissement de la production qui en résultera permettra un transfert massif de ressources productives vers les pays moins avancés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
La victoire de la révolution prolétarienne à l’échelle mondiale ne sera bien sûr pas une tâche facile. Mais c’est la seule alternative à la barbarie capitaliste. Comme l’expliquait la « Déclaration de principes et quelques éléments de programme » de la LCI (1998), cette victoire
« mettrait une abondance matérielle encore inimaginée au service des besoins de l’humanité, créerait les conditions permettant d’éliminer les classes, d’éradiquer l’inégalité sociale basée sur le sexe et d’abolir la signification même, au niveau social, de race, de nation et d’ethnie. Pour la première fois, l’humanité saisira les rênes de l’histoire et contrôlera la société, sa propre création, ce qui se traduira par une émancipation du potentiel humain dépassant ce qu’on peut imaginer aujourd’hui et par un bond en avant monumental de la civilisation. C’est alors seulement qu’il sera possible de réaliser le libre développement de chaque individu, condition du libre développement de tous. »
C’est ce pour quoi se bat Spartacist/South Africa, section sud-africaine de la Ligue communiste internationale. Nous disons à ceux qui cherchent une alternative au racisme et à l’oppression épouvantables du capitalisme du néo-apartheid : notre programme trotskyste révolutionnaire et internationaliste est la solution.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/216/afrsud.html
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Les grandes grèves de 1934 aux Etats-Unis - Une direction lutte de classe a fait la différence - Hier et aujourd’hui (Part 1) (Juin 2015)

https://archive.is/e6Eqk
Le Bolchévik nº 212 Juin 2015
Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un article publié en deux parties dans le journal de nos camarades américains Workers Vanguard (n° 1050 et 1051, 8 août et 5 septembre 2014).
L’année 1934 était la cinquième année de la Grande Dépression [la Crise de 1929]. Ce fut aussi l’année de la victoire de trois grandes grèves qui touchèrent des villes entières aux Etats-Unis : la grève des Teamsters (camionneurs) à Minneapolis, celle des ouvriers de l’automobile à Toledo et celle des dockers à San Francisco. Ces grèves victorieuses allaient ouvrir la voie à une poussée massive de luttes ouvrières et à la création de puissants syndicats industriels. Aujourd’hui, six ans ont passé depuis le début de la crise économique la plus importante depuis celle de 1929, mais les syndicats, ou ce qu’il en reste, continuent de prendre des coups dans une guerre de classes unilatérale. Les patrons et leur Etat s’acharnent contre la classe ouvrière et les pauvres, mais les mouvements de grève aux Etats-Unis restent à un niveau historiquement bas.
Comment expliquer la différence entre hier et aujourd’hui ? Le fait que les grèves de 1934 étaient dirigées par des « rouges » est d’une importance cruciale. A Minneapolis, les trotskystes de la Communist League of America (CLA) prirent la tête de trois grèves ouvrières dans le transport routier de cette ville, ce qui allait contribuer à transformer ce bastion de l’« open shop » [par opposition au système du « closed shop », le monopole syndical sur l’embauche] dans le Middle West américain en une ville où les travailleurs étaient syndiqués. A l’issue de ce processus, une petite section du syndicat de métier des camionneurs devint un syndicat industriel de plusieurs milliers de membres. A Toledo, les socialistes de gauche de l’American Workers Party [Parti des travailleurs américains, AWP] d’A.J. Muste jouèrent un rôle clé dans la grève contre la société Electric Auto-Lite. Cette victoire jeta les bases pour la création ultérieure de l’United Auto Workers (Syndicat unifié des travailleurs de l’automobile). A San Francisco, les membres et sympathisants du Parti communiste (PC) stalinien dirigèrent une grève des dockers, des marins et d’autres travailleurs du secteur maritime et portuaire, grève qui dura 83 jours et qui atteignit son apogée avec une grève générale de quatre jours. Dans cette lutte fut forgé un syndicat industriel regroupant les dockers de toute la côte Ouest des Etats-Unis.
Aujourd’hui, les bureaucrates syndicaux qui dirigent les fédérations syndicales AFL-CIO et Change to Win [Changer pour gagner] prétendent que des batailles ouvrières de ce genre ne sont plus possibles : la situation économique est trop mauvaise, les entreprises trop puissantes et l’arsenal des lois antigrèves trop bien garni ; lutter aboutirait à la destruction pure et simple des syndicats et à la délocalisation des emplois. Pourtant, les grèves de 1934 eurent lieu au beau milieu de la crise économique la plus dévastatrice de l’histoire. Après le krach boursier de 1929, les ouvriers étaient tétanisés à l’idée de perdre leur salaire, aussi maigre qu’il fût, et de rejoindre les rangs des millions de travailleurs au chômage, affamés et à la rue. En 1933, l’American Federation of Labor (AFL) comptait deux fois moins d’adhérents qu’en 1920.
Les syndicats affiliés à l’AFL étaient des syndicats de métier, ce qui renforçait les divisions sur le lieu de travail et rendait les syndicats plus vulnérables aux attaques des forces du capital. Souvent ces syndicats représentaient les travailleurs les mieux payés et les plus qualifiés, tenant à distance les travailleurs noirs et la plupart des immigrés. L’écrasante majorité des ouvriers qui travaillaient dans des entreprises géantes comme celles de l’automobile, de l’acier ou du caoutchouc n’étaient pas syndiqués, et l’aristocratie ouvrière qui dirigeait l’AFL les méprisait. Ces dignitaires ouvriers étaient à ce point dévoués à la préservation du capitalisme américain et de ses profits qu’ils s’étaient engagés au début de la Grande Dépression à ne permettre aucune grève – à la demande du gouvernement républicain honni de Herbert Hoover, avec qui ils étaient d’accord pour refuser toute aide de l’Etat aux chômeurs.
Mais les conditions mêmes qui avaient autant laminé et démoralisé les ouvriers, qui les avaient dressés les uns contre les autres dans une lutte pour la survie, allaient commencer à les pousser à se battre. En 1933, il y eut une légère reprise de l’économie. L’élection en 1932 du Président démocrate Franklin Delano Roosevelt et sa promesse d’un « new deal [nouvelle donne] pour le peuple américain » avaient aussi donné de l’espoir – un faux espoir – à la classe ouvrière. Une vague de grèves éclata l’année suivante, et les ouvriers se tournèrent massivement vers les syndicats de l’AFL, ceux-là même qui les avaient traités avec dédain, pour exiger qu’on les organise.
James P. Cannon, un des dirigeants de la CLA, écrivait à cette époque :
« Les ouvriers bougent. C’est ce qui est nouveau, c’est ce qui est important dans la situation actuelle. Les syndicats sont la première et la plus élémentaire forme d’organisation, à laquelle aucun substitut n’a jamais été inventé. Les ouvriers ont fait leurs premiers pas vers la consolidation de leur classe en entrant par cette porte […]. Aussi conservateurs que puissent être ces syndicats, aussi réactionnaire que soit leur direction actuelle, et indépendamment des réelles intentions du gouvernement Roosevelt quand il a encouragé et donné de l’élan à cette renaissance du mouvement syndical – malgré tout cela, le mouvement en lui-même représente une force élémentaire, une puissance qui peut, si elle est influencée correctement et au bon moment par l’avant-garde consciente, dépasser les formes absolues et frustrer tous les efforts réactionnaires. »
– « L’AFL, la vague de grèves et les perspectives syndicales », Militant, 14 octobre 1933
Dans les grandes grèves de 1934, la combativité croissante de la classe ouvrière allait fusionner avec une direction à la hauteur de la bataille. Chacune de ces grèves fut quasiment une guerre civile qui opposait les ouvriers à l’armée des briseurs de grève – nervis patronaux, flics et soldats de la Garde nationale. À chaque fois, des officines de l’Etat capitaliste soi-disant « amies des travailleurs » demandaient aux ouvriers de mettre fin à leur grève contre la promesse que des médiateurs du gouvernement négocieraient des « accords équitables ». Au sein même du « camp syndical », les dirigeants de la grève devaient affronter les bureaucrates de l’AFL à la botte du gouvernement, ces mêmes bureaucrates qui avaient attisé toutes les rivalités corporatistes, ethniques et raciales qui divisaient les travailleurs et minaient leurs luttes. Ce qui fit la différence, c’est que les ouvriers étaient armés politiquement et organisationnellement par des dirigeants qui comprenaient que la seule voie possible vers la victoire était celle de la mobilisation de leur force, en tant que classe, contre la classe capitaliste ennemie.
Roosevelt n’était pas « l’ami des travailleurs »
La bureaucratie de l’AFL-CIO colporte depuis longtemps le mythe que c’est l’Article 7(a) de la « Loi pour la reprise industrielle » [National Recovery Act, NRA] promulguée par le gouvernement démocrate de Roosevelt en 1933 qui a mené à la création de syndicats industriels, c’est-à-dire de syndicats inclusifs ayant vocation à représenter l’ensemble des travailleurs d’une même industrie. C’est un mensonge pratique, un alibi que les dirigeants syndicaux traîtres utilisent depuis des décennies alors qu’ils sacrifient des grèves et les syndicats eux-mêmes sur l’autel de la collaboration de classes – du lobbying législatif au prosélytisme en faveur du vote démocrate. En fait, toute la raison d’être de la NRA, comme son nom l’indique, était la « reprise » de la compétitivité du capitalisme américain. Cette loi suspendait la législation antitrust et créait des associations industrielles [cartels] dans le cadre desquelles les employeurs fixaient les quotas de production, les conditions de travail, le salaire minimum et la durée maximale du travail. Avec comme résultat la consolidation de monopoles capitalistes toujours plus puissants, qui purent extorquer des profits toujours plus élevés grâce à une exploitation de plus en plus brutale des travailleurs.
L’Article 7(a), qui stipulait que « tous les employés ont le droit de s’organiser et de négocier collectivement », fut ajouté principalement à l’instigation de John L. Lewis, le dirigeant dictatorial et parfois franc-tireur de l’United Mine Workers [Syndicat unifié des mineurs, UMW]. Le président de l’AFL, William Green, donna son soutien à l’Article 7(a), mais il continuait de craindre qu’un mouvement de syndicalisation vienne mettre à mal le « sanctuaire » du syndicalisme de métier réservé aux Blancs. (A propos de l’intelligence de Green, Lewis avait un jour lancé : « Green n’a pas de tête. Il a juste un cou allongé sur lequel des cheveux ont poussé. »)
Même si l’Article 7(a) était principalement un os à ronger jeté à la classe ouvrière, il reflétait aussi l’inquiétude croissante des capitalistes américains, ou en tout cas des plus perspicaces d’entre eux, face à l’agitation grandissante des ouvriers. Roosevelt était sans aucun doute le plus clairvoyant de tous. En outre, en tant que patricien appartenant à l’élite des propriétaires fonciers américains, il avait moins de scrupules à refréner certains excès des magnats capitalistes américains de l’industrie et de la finance – pour sauvegarder le système et désamorcer les luttes sociales.
Des grèves avaient déjà commencé à éclater au début de 1933. Les millions d’ouvriers non syndiqués qui travaillaient dans les usines d’assemblage et les hauts-fourneaux commençaient à prendre conscience de leur nombre et de leur position stratégique en tant qu’élément vital de l’industrie américaine. L’Article 7(a) fut adopté dans la crainte que les syndicats de métier de l’AFL n’arrivent pas à contenir l’antagonisme croissant entre le travail et le capital, et dans un souci de maintenir ces ouvriers sous la coupe des lieutenants ouvriers à la solde du gouvernement dans la bureaucratie de l’AFL.
Cette apparente concession faite au mouvement syndical était conçue pour faire croire aux travailleurs que le gouvernement « protègerait » leurs intérêts. Des inspections du travail régionales (labor boards) furent créées pour faciliter l’arbitrage du gouvernement avant tout conflit potentiel. L’objectif était d’empêcher les grèves en empêtrant les travailleurs dans d’interminables procédures. Les ouvriers, qui depuis l’adoption de la NRA commençaient à rejoindre en grand nombre les syndicats existants de l’AFL, se rendirent rapidement compte que c’était une chose de se syndiquer, mais que c’en était une autre d’arracher la reconnaissance du syndicat par les patrons ou même d’obtenir une augmentation des salaires misérables fixés dans chaque industrie par la NRA.
Tout au long de la vague de grèves de 1933, la plus importante depuis le début des années 1920, les ouvriers luttèrent avec héroïsme. Mais leurs grèves furent soit trahies par les dirigeants de l’AFL qui se pliaient aux ordres des médiateurs envoyés par Roosevelt, soit brisées par les nervis armés des patrons et du gouvernement. Un rapport de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) publié au début de 1934 résumait ainsi les résultats du « New Deal » de Roosevelt pour le mouvement syndical : « Jamais les violations des droits des travailleurs n’avaient pris une telle ampleur, et par tous les moyens : ordonnances judiciaires, armée, police privée, shérifs-adjoints, mouchards, milices » (New York Times, 11 février 1934, cité par Art Preis dans Labor’s Giant Step [Un pas de géant pour les ouvriers], 1964).
Le ressentiment des ouvriers envers les dirigeants syndicaux traîtres grandissait en même temps que leurs illusions dans Roosevelt commençaient à se dissiper. La brutalité des attaques de la police et de l’armée laissa sa marque sur la conscience de la classe ouvrière, tout comme le courage avec lequel les grévistes résistèrent à ces offensives. Plus tard, ces facteurs allaient être des conditions préalables cruciales au réveil de la lutte de classe. Et les socialistes déclarés qui conduisirent à la victoire les camionneurs de Minneapolis, les dockers de San Francisco et les ouvriers de l’automobile de Toledo en 1934 allumèrent la mèche.
Trotskystes, staliniens et partisans de Muste
Parmi les dirigeants des camionneurs grévistes de Minneapolis figuraient Carl Skoglund et Vincent Ray Dunne, deux militants ouvriers de longue date. Dunne, dans sa jeunesse, avait été bûcheron, saisonnier agricole et travailleur itinérant sur la côte Pacifique du Nord-Ouest et dans d’autres régions, et dès cette époque il avait lutté aux côtés des pionniers du syndicalisme industriel au sein des Industrial Workers of the World [Travailleurs industriels du monde, IWW]. Skoglund avait dirigé dans ses jeunes années une grève pour la reconnaissance du syndicat dans une usine de papeterie, dans sa Suède natale où il avait adhéré au Parti social-démocrate. Mis sur liste noire pour activisme radical à cause de ses activités syndicales et politiques, Skoglund émigra aux Etats-Unis et dirigea l’aile gauche de la section scandinave du Parti socialiste américain. Comme beaucoup d’autres militants d’extrême gauche aux Etats-Unis, il fut enthousiasmé par la Révolution russe de 1917, la première insurrection prolétarienne victorieuse qui réussit à briser les chaînes de l’exploitation capitaliste. En 1919, il devint un des membres fondateurs du Parti communiste, auquel Dunne adhéra l’année suivante.
En Union soviétique, une bureaucratie de plus en plus puissante dirigée par Staline usurpa le pouvoir politique de la classe ouvrière, et à la fin des années 1920 elle avait répudié le programme révolutionnaire internationaliste du bolchévisme. Ceci eut un effet dévastateur sur le PC américain et les autres sections de l’Internationale communiste (Comintern), le centre organisateur de la révolution mondiale créé par Lénine et Trotsky. C’est dans ce contexte que Skoglund, Dunne et deux de ses frères, Miles et Grant, furent gagnés à la CLA, la jeune organisation du trotskysme américain. Opposés à la dégénérescence de la Révolution russe et du PC américain, les trotskystes restèrent fidèles au programme et aux principes du marxisme.
La classe ouvrière restait paralysée par la peur face aux ravages de la Grande Dépression. Les trotskystes, qui avaient été exclus du PC, étaient numériquement faibles et isolés. Dans ce contexte, ils considéraient que leur tâche principale était de regrouper leurs forces, de se réarmer politiquement, de recruter les éléments les plus conscients dans la classe ouvrière et ailleurs, et de se préparer pour les luttes de classe futures qu’ils savaient inévitables. Comme l’expliquait Cannon dans un article de 1932 :
« Les ouvriers communistes ne sont pas la classe ouvrière. Ils en sont seulement la couche la plus consciente, et aujourd’hui en Amérique cette couche est mince, numériquement insignifiante. Les ouvriers communistes ne peuvent pas à eux seuls livrer de vraies batailles de classe. Leur rôle est de lutter avec les ouvriers et au premier rang de ceux-ci. Pour l’instant, la tâche des communistes est de préparer les ouvriers pour les luttes à venir. Cette tâche consiste fondamentalement à “un patient travail d’explication”, d’agitation et de propagande, pour gagner les ouvriers à une perspective de lutte. »
– « La menace de l’illégalité », Militant, 19 mars 1932
A Minneapolis, Skoglund et les frères Dunne s’attelèrent au « patient travail d’explication » auprès de leurs collègues dans l’entreprise de charbon où ils étaient camionneurs pendant les premières années de la Grande Dépression. Au bout de trois ans, ils avaient gagné un noyau de travailleurs à l’idée de se battre pour mettre en place un syndicat industriel. Miles Dunne réussit aussi à convaincre le président de la toute petite section syndicale 574 des Teamsters, Bill Brown, de participer au comité d’organisation bénévole que les trotskystes étaient en train de mettre sur pied. Brown n’était pas un dirigeant typique de l’AFL : il avait un bon instinct de classe, et il en avait assez du syndicalisme de métier antigrèves imposé par la direction nationale du syndicat des camionneurs. Les militants ainsi rassemblés allaient devenir le groupe qui dirigea les grèves des camionneurs de 1934 à Minneapolis, avec à leur tête des militants et sympathisants de la Communist League of America.
Dans les années 1930, le Parti communiste était un parti totalement différent. Il avait été créé sous l’effet de la Révolution russe par les meilleurs militants d’une génération de socialistes et autres militants ouvriers radicaux américains, mais à la fin des années 1920 il avait perdu sa boussole marxiste. Il succombait à la pression d’une part de la prospérité d’un capitalisme américain alors en plein essor, ce qui sapait sa confiance révolutionnaire antérieure, et d’autre part de l’influence corruptrice des staliniens du Kremlin. Ce régime bureaucratique était lui-même le produit combiné des effets sur la société soviétique des occasions révolutionnaires manquées dans les pays plus avancés d’Europe de l’Ouest, particulièrement en Allemagne, et des années de guerre et de privations.
Les staliniens du Kremlin n’avaient pas éradiqué les acquis de la révolution d’Octobre. L’Union soviétique restait un Etat ouvrier, de la même façon que les syndicats demeurent des organisations de la classe ouvrière malgré leur direction bureaucratique. En même temps, tout comme les bureaucrates syndicaux traîtres mettent en danger l’existence même des syndicats par leur collaboration avec les patrons, le pouvoir de la bureaucratie soviétique représentait une menace pour le premier Etat ouvrier de l’histoire et il allait paver la voie à sa destruction finale.
Renonçant à la lutte pour la révolution prolétarienne dans les autres pays, la bureaucratie soviétique mit en avant l’idée antimarxiste qu’il était possible de construire le « socialisme dans un seul pays ». Les partis communistes dans le reste du monde furent transformés en simples avant-postes de la politique du Kremlin, à la recherche d’une « coexistence » avec l’impérialisme mondial. Ce processus s’accompagna de multiples oscillations, tantôt vers la droite et tantôt vers la gauche, de la ligne politique de Staline et de ses partisans.
A la fin des années 1920, Staline adopta une ligne aventuriste gauchiste face à l’hostilité implacable du monde capitaliste, et aussi pour couper l’herbe sous le pied à l’Opposition de gauche trotskyste, qui luttait contre les trahisons de la bureaucratie. Pour justifier ce tournant politique, le Comintern prétendit que le capitalisme entrait dans la « troisième période » de son existence, où la victoire de la révolution prolétarienne internationale était censée être imminente dans le monde entier – un pronostic contraire à la réalité sociale et politique. Les partis ouvriers sociaux-démocrates et les syndicats furent dénoncés comme « sociaux-fascistes ». Aux Etats-Unis, le PC déserta les syndicats de l’AFL pour former des « syndicats révolutionnaires » largement isolés des masses. Ceci eut pour résultat que les communistes se retrouvèrent dans leur écrasante majorité sur la touche pendant les luttes de 1933-1934.
Mais sur la côte Ouest, l’organisateur local du PC, Sam Darcy, commençait à rejeter les idioties gauchistes de la troisième période. Après l’adoption de la NRA en 1933, les dockers affluèrent à l’International Longshoremen’s Association (ILA), affiliée à l’AFL ; il y avait parmi eux les sympathisants du PC et autres dockers combatifs que Sam Darcy avait commencé à coordonner. Connu sous le nom de groupe Albion Hall (du nom de leur lieu de réunion), ce cercle de travailleurs des transports maritimes allait devenir le noyau dirigeant de la grève des dockers en 1934. Parmi eux figurait le plus célèbre des dirigeants de la grève, Harry Bridges.
Le rejet de la troisième période par Darcy était un signe annonciateur du soutien que le PC allait bientôt apporter à l’administration Roosevelt. Mais à cette époque les staliniens parlaient encore la langue de la lutte de classe. Dans leur bulletin ronéoté intitulé Waterfront Worker [Le docker, WFW], publié depuis 1932, ils combattaient sans relâche les illusions dans Roosevelt et ses médiateurs créés par la NRA. Ils attaquaient aussi le syndicalisme de métier et la politique de collaboration de classes des dirigeants des syndicats de l’AFL. Ceux-ci, en négociant individuellement avec les employeurs pour briser les grèves des autres, avaient dressé les uns contre les autres les dockers et travailleurs du transport maritime, contribuant ainsi aux défaites répétées des grèves. Les sympathisants du PC, grâce au WFW et au fait qu’ils dirigeaient des actions ouvrières, armèrent politiquement les dockers et les préparèrent pour la bataille contre les armateurs, le gouvernement et leurs agents dans le mouvement syndical.
L’organisation d’A.J. Muste était une créature politique différente à la fois des trotskystes et des staliniens. Muste, un pasteur pacifiste, s’était prononcé pour la lutte de classe en 1919, alors qu’il figurait parmi les dirigeants de la grève des ouvriers du textile, majoritairement immigrés, à Lawrence dans le Massachusetts. En 1929, il fut l’un des fondateurs de la Conference for Progressive Labor Action [Conférence pour des actions ouvrières progressistes, CPLA] alors qu’il était directeur du Brookwood Labor College (université des travailleurs de Brookwood) à Katonah, dans l’Etat de New York. La CPLA avait pour but de faire pression sur l’AFL pour que celle-ci entreprenne des actions ouvrières « progressistes ». La Grande Dépression poussa la CPLA vers la gauche, ce qui reflétait la combativité croissante des ouvriers. La CPLA devint l’embryon de l’AWP, qui fut fondé en 1933.
Au début des années 1930, la CPLA se consacrait surtout à organiser les chômeurs. Dans le comté de Lucas, à Toledo, la Ligue des chômeurs de la CPLA mena des actions de masse combatives au terme desquelles les travailleurs sans emploi obtinrent une allocation financière. La CPLA luttait pour unifier les chômeurs derrière les luttes de la classe ouvrière plutôt que de les abandonner aux mains des patrons qui les utilisaient pour casser les grèves. Ceci allait faire basculer le rapport des forces dans le combat contre les jaunes, les flics et la Garde nationale, mobilisés pour écraser la grève d’Auto-Lite à Toledo en 1934.
Des trois directions des grandes grèves de 1934, les trotskystes étaient les seuls véritables marxistes. Ils accomplissaient la tâche vitale de forger un parti révolutionnaire regroupant les ouvriers les plus avancés et les plus conscients. Ils savaient que seul un parti de ce genre peut armer le prolétariat de la conscience politique nécessaire pour en finir avec le système capitaliste d’exploitation et d’oppression, et qu’il peut l’organiser à cette fin. A ce titre, les dirigeants de la grève des camionneurs à Minneapolis étaient les plus conscients et ceux qui voyaient le plus loin.
Cependant, à ce moment-là, les staliniens qui dirigèrent la grève des dockers ainsi que les partisans de Muste à Toledo défendaient un programme de lutte des classes, même si c’était de façon épisodique ou transitoire. Contrairement à ce qui se passait à la même époque pour d’autres grèves, la combativité des ouvriers n’était pas freinée par des dirigeants qui prêchaient l’idée mensongère qu’un « partenariat » entre travail et capital était possible. Au contraire, la force et la solidarité de masse des travailleurs étaient organisées et dirigées politiquement par des dirigeants qui rejetaient l’idée que les patrons seraient « raisonnables » ou leur Etat « neutre ». Conscients de l’ampleur des forces que déploierait l’ennemi de classe contre toute lutte syndicale, les dirigeants de ces grèves étaient prêts pour la guerre de classes. Et ce n’était pas un combat facile.
La « bataille de Toledo »
Toledo était une petite ville ravagée par le chômage, où les salaires étaient bas et où dominaient les usines d’équipementiers pour la gigantesque industrie automobile de Detroit. Après l’adoption de la NRA, les dirigeants de l’AFL avaient créé à contrecœur des syndicats « fédéraux » regroupant des ouvriers travaillant à la chaîne et relevant de différents métiers. La section fédérale 18384 de Toledo déclencha en février 1934 une grève pour des augmentations de salaires chez plusieurs équipementiers, dont Auto-Lite. Les bureaucrates de l’AFL acceptèrent de soumettre le conflit à l’arbitrage de l’inspection du travail locale créée par la NRA, et ils arrêtèrent la grève au bout de six jours. Environ 500 ouvriers d’Auto-Lite se mirent à nouveau en grève en avril, fatigués d’attendre que l’entreprise négocie.
Alors que 1 800 jaunes investissaient l’usine, une ordonnance judiciaire limita l’emploi des piquets de grève. Les grévistes firent alors appel à la Ligue des chômeurs du comté de Lucas organisée par la CPLA. Deux jeunes dirigeants de la Ligue envoyèrent une lettre au juge l’informant qu’ils continueraient malgré l’ordonnance à renforcer les piquets à Auto-Lite. Après avoir été arrêtés et jugés et ayant reçu l’interdiction de rejoindre les piquets, les membres de la Ligue et les grévistes qui étaient venus en force à l’audience sortirent du tribunal et allèrent directement sur les piquets de grève. A la fin du mois de mai, plus de 10 000 personnes étaient sur les piquets de grève.
Le 23 mai, une armée d’hommes de main de la compagnie et de flics mobilisés pour escorter les jaunes à l’entrée et à la sortie de l’usine aspergèrent les grévistes de gaz lacrymogène. Ceux-ci, armés seulement de briques et de pierres, construisirent des barricades. Sans céder de terrain, ils assiégèrent l’usine avec les jaunes à l’intérieur. La police se replia, et on envoya 900 soldats de la Garde nationale pour ouvrir un passage et faire sortir les jaunes. Les soldats, qui tiraient à bout portant en direction des piquets, tuèrent deux ouvriers et en blessèrent 25. C’était le début de la « bataille de Toledo », qui allait durer six jours : les combats contre les troupes se livraient sur les toits et dans les rues. Le 31 mai, la compagnie accepta de renvoyer les jaunes et d’arrêter la production jusqu’à ce qu’un accord de fin de grève soit signé. On retira aussi les soldats démoralisés de la Garde nationale, qui avait elle aussi subi des pertes importantes.
A ce moment-là, tous les syndicats locaux affiliés à l’AFL, sauf un, avaient voté pour une grève générale, malgré les efforts des dirigeants pour convaincre leur base de demander à Roosevelt d’intervenir en leur faveur. Le 1er juin, 40 000 ouvriers et partisans de la grève se rassemblèrent devant le tribunal du comté. Trois jours plus tard, les patrons d’Auto-Lite capitulaient. Ils signèrent un accord pour six mois qui incluait des augmentations de salaires supérieures au minimum de la NRA. Surtout, l’accord reconnaissait le syndicat comme unique interlocuteur autorisé à négocier dans l’usine, contrairement à une décision précédente de l’Inspection du travail pour l’automobile de Roosevelt qui imposait une représentation proportionnelle des syndicats de chaque entreprise selon les résultats des élections professionnelles. A la fin de l’année, les syndicats étaient implantés dans 19 usines automobiles supplémentaires dans le comté de Lucas.
Parmi les participants à la bataille de Toledo, il y avait Art Preis qui appartenait à la Ligue des chômeurs et qui allait devenir et rester jusqu’à la fin de sa vie membre du Socialist Workers Party (SWP), le successeur de la CLA. Dans son livre Labor’s Giant Step (1964), il livre le témoignage suivant :
« Ce fut à ce moment-là, quand les grèves se faisaient écraser les unes après les autres, que la lutte des ouvriers d’Electric Auto-Lite à Toledo vint illuminer l’horizon de la lutte de classe américaine. Elle allait être pour les ouvriers américains une leçon inoubliable sur comment affronter toutes les officines du gouvernement capitaliste – les tribunaux, les inspections du travail et les forces armées – et gagner. »
L’une des leçons essentielles de cette grève est le rôle que peuvent jouer les chômeurs dans les luttes ouvrières, s’ils sont organisés et dirigés par des militants lutte de classe.
La grève des camionneurs à Minneapolis
Beaucoup de livres ont été écrits sur les événements et la direction des trois grèves de 1934, qui ont débouché sur la création d’un syndicat industriel dans l’industrie du transport routier de Minneapolis. On peut citer Teamster Rebellion (1972), de Farrell Dobbs, un jeune dirigeant des trois grèves, qui fut gagné au trotskysme alors qu’il participait à la toute première de ces batailles ; American City : A Rank and File History of Minneapolis [Ville américaine : Une histoire de Minneapolis vue de la base] (1937) de Charles Walker ; et plus récemment Revolutionary Teamsters [Camionneurs révolutionnaires] (2014) de Bryan Palmer.
Le dirigeant trotskyste américain James P. Cannon fit quelques années après les grèves un discours intitulé « Les grandes grèves de Minneapolis », où il en résumait les leçons fondamentales :
« Il n’y avait aucune différence de fond – en fait, je pense qu’il n’y avait pas la moindre différence sérieuse entre les grévistes de Minneapolis et les travailleurs impliqués dans une centaine d’autres grèves dans le pays à cette époque. Les travailleurs se battaient avec la plus grande combativité dans pratiquement toutes les grèves. La différence se trouvait dans la direction et dans la politique suivie. Dans pratiquement toutes les autres grèves, la combativité des ouvriers était freinée par le haut. Les dirigeants se laissaient impressionner par le gouvernement, la presse, le clergé et ceci ou cela. Ils tentaient de ramener aux salles de réunion un conflit qui se déroulait dans la rue et sur les piquets de grèves. A Minneapolis, la combativité de la base n’a pas été freinée ; elle a été organisée et dirigée d’en haut. […] « Le mouvement ouvrier moderne doit être dirigé politiquement car il est confronté au gouvernement à chaque étape. Nos militants y étaient préparés parce qu’ils étaient politiques, inspirés par des conceptions politiques. La politique de la lutte de classe guidait nos camarades. On ne pouvait pas les tromper ou les avoir comme ce fut le cas de tant de dirigeants grévistes à cette époque grâce à ce mécanisme de sabotage et de destruction qu’est l’Inspection du travail avec toutes ses instances auxiliaires. Ils n’avaient pas la moindre confiance dans l’Inspection du travail de Roosevelt. Ils ne se sont pas laissé duper par l’idée que Roosevelt, ce président libéral et “ami des travailleurs”, allait aider les camionneurs de Minneapolis à gagner quelques cents de plus de l’heure. Ils ne se sont pas non plus laissé tromper même par le fait qu’il y avait à l’époque dans le Minnesota un gouverneur du Parti fermier-ouvrier, dont les gens présumaient qu’il était du côté des travailleurs. « Nos militants ne croyaient en personne ni en rien d’autre que la politique de la lutte des classes et en la capacité des travailleurs de l’emporter grâce à leur force et leur solidarité de masse. »
– The History of American Trotskyism, 1944
Les trois grèves qui touchèrent l’industrie du transport routier de la ville furent toutes organisées minutieusement : les dirigeants comprenaient que chaque succès même le plus modeste, comme la reconnaissance du syndicat, pouvait faire basculer le rapport des forces entre les deux parties en lutte. Le premier bras de fer fut une grève de trois jours des livreurs de charbon en février. Cette grève avait été stratégiquement planifiée pour frapper la compagnie pendant l’hiver, quand les températures descendent à moins vingt et quand les commandes et les profits sont au plus haut. Une bonne coordination des piquets permit d’interrompre complètement les livraisons pendant les trois premières heures de la grève. De jeunes ouvriers fraîchement syndiqués, sentant leur puissance en tant que classe, apportèrent une contribution innovante avec l’invention du piquet mobile – l’utilisation de voitures ou de camions pour barrer la route aux camions des jaunes. Ces « piquets volants » allaient être une arme essentielle dans les luttes de la classe ouvrière pour forger le Congress of Industrial Organizations [Congrès des syndicats industriels, CIO].
(cont. )
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/212/usa.html
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80 millions de femmes mutilées - Le crime de l'excision (1992) (Part 2)

https://archive.is/txo5B
Colonialisme, nationalisme et réalité sociale
Les tentatives d'éradiquer les mutilations génitales féminines en Afrique sont anciennes ; elles remontent au moins au XVIe siècle, quand des missionnaires sont arrivés pour la première fois sur le continent. Les gouvernements coloniaux britanniques et certains Etats africains indépendants adoptèrent des lois contre ces pratiques. Au cours de la dernière décennie, ces efforts se sont intensifiés, en particulier après que les Nations unies eurent proclamé leur soutien aux nombreuses organisations non gouvernementales qui combattent les mutilations rituelles dans les différents pays d'Afrique. Actuellement, 20 pays sur les 28 où la pratique de l'excision existe l'ont interdite ; des programmes éducatifs, en particulier dans le domaine médical, ont été mis sur pied dans certaines régions.
Mais dans l'ensemble, ces efforts n'ont pas été couronnés de succès. Pour commencer, tout le processus est lié à la question de la sexualité. Les coutumes et les tabous sexuels touchent au plus profond de l'être ; le fait d'en discuter, sans parler de les remettre en cause, provoque les angoisses et les peurs les plus sombres. En outre, ces rites jouent un rôle significatif dans les lignages familiaux et dans les relations tribales au sein du village. Triste ironie du sort, la pratique de l'excision est défendue le plus jalousement par les femmes elles-mêmes. Les vieilles sage-femmes, qui constituent une couche puissante dans la structure sociale villageoise, dépendent pour leurs ressources des revenus qu'elles tirent de ces opérations. Dans une société où il n'y a pas de droits et peu de privilèges, les anciennes traditions considérées comme faisant partie du « domaine des femmes » sont souvent le seul moyen d'exercer un pouvoir auquel une femme peut accéder. Et surtout, les mutilations sexuelles féminines sont liées de façon tellement étroite aux réalités économiques et sociales de la vie quotidienne que leur éradication exige une transformation fondamentale des sociétés où elles existent.
Au XVIe siècle, quand des missionnaires jésuites sont arrivés en Abyssinie (l'Ethiopie actuelle), ils ont essayé de mettre fin aux mutilations rituelles chez les convertis. Mais les hommes refusèrent d'épouser des femmes non excisées, et les conversions cessèrent. Sur injonction expresse du pape, l'Eglise, « préférant les âmes aux organes sexuels » (comme le dit si bien Benoîte Groult dans son livre Ainsi soit-elle), donna son aval à la pratique de l'excision comme « médicalement nécessaire ». Fran Hosken, une féministe américaine qui a contribué à attirer l'attention internationale sur les mutilations féminines, rapporte que depuis cette époque toutes les missions catholiques autorisent que l'excision soit pratiquée sur les filles de convertis. Aujourd'hui, des médecins missionnaires pratiquent même l'opération dans des hôpitaux africains.
A la fin des années 1930, les missionnaires presbytériens écossais au Kenya essayèrent de refuser l'accès à l'église à toute fille excisée. Les tribus Kikouyu ripostèrent en fondant des églises et des écoles indépendantes, qui existent encore aujourd'hui. Après que la femme d'un missionnaire blanc eut été enlevée et mutilée, l'Eglise d'Ecosse abandonna sa campagne pour l'abolition du rite de l'excision. Jomo Kenyatta, l'idole des libéraux panafricanistes, approuvait les mutilations génitales comme une forme de résistance nationaliste à la domination coloniale européenne (et les fit subir à ses propres filles, dans un hôpital). En 1938, il écrivait dans Au pied du mont Kenya : « Pas un Kikouyu digne de ce nom ne souhaite épouser une fille non excisée [...]. La clitoridectomie [...] est une mutilation corporelle considérée, en quelque sorte, comme la condition "sine qua non" pour recevoir un enseignement religieux et moral complet. » Bien que l'actuel président kenyan, Daniel Arap Moi, ait interdit la pratique de l'excision en 1982, les personnels de santé ont noté une recrudescence des mutilations dans les centres urbains, chez les femmes éduquées – un phénomène lié au chaos économique grandissant et à une réaction contre l'indépendance accrue des femmes.
Sous le condominium anglo-égyptien, le Soudan a interdit les mutilations génitales en 1946. Cette loi a simplement repoussé la pratique de l'excision dans la clandestinité ; un nombre accru de femmes circoncisent leurs filles à un plus jeune âge, ce qui provoque de nombreux décès. Lightfoot-Klein écrit qu'en réaction à cette loi les intégristes musulmans ont mené une campagne d'agitation politique contre la tutelle coloniale. Des émeutes antigouvernementales ont succédé aux poursuites judiciaires engagées contre une exciseuse traditionnelle dont la cliente était morte. Depuis lors, aucune poursuite n'a plus été intentée aux termes de cette loi. En 1974, 18 ans après l'indépendance, le Soudan adoptait sa propre loi interdisant l'infibulation, mais autorisant la clitoridectomie. Le résultat le plus notable c'est que les femmes n'osent plus amener leurs filles à l'hôpital en cas de complications suite à une excision.
Etant donné que les mutilations génitales sont une pratique largement acceptée, très peu de dirigeants africains ont tenté de faire appliquer une législation les réprimant, même quand de telles lois existent. Sachant que les mesures légales, à elles seules, ne mettront pas fin à la pratique de l'excision, les groupes internationaux et les démarches des agences non gouvernementales ont surtout consisté à demander à l'ONU et à l'Organisation mondiale de la santé davantage de programmes éducatifs qui insistent sur les conséquences médicales des mutilations.
Toutes choses égales par ailleurs, il vaut probablement mieux que les Nations unies dépensent leurs ressources pour l'éducation et la diffusion des connaissances médicales parmi les populations du tiers monde, plutôt que pour remplir le rôle pour lequel elles existent : défendre les intérêts économiques et militaires des puissances impérialistes sur cette planète. Mais espérer de ces agences qu'elles provoquent un changement dans la condition des femmes d'Afrique, c'est pire qu'utopique : l'ONU vient juste de servir de couverture au massacre de 100 000 hommes, femmes et enfants irakiens par les Etats-Unis ; les USA ont ainsi démontré qu'ils avaient la puissance de feu et la brutalité nécessaires pour détruire un Etat client des Soviétiques au Proche-Orient, région qui, de par ses richesses pétrolières, possède une grande valeur pour l'impérialisme américain. Accessoirement, la guerre du Golfe a assuré la pérennité du pouvoir des cheiks de la famille royale saoudienne, qui considèrent les femmes comme du bétail, comme des êtres trop inférieurs pour se mêler aux hommes en public et qui ne sont même pas autorisées à conduire une automobile. De toute manière, les organisations de l'ONU ont annoncé suffisamment clairement leurs intentions en ce qui concerne les mutilations féminines. En 1958, une sous-commission de l'ONU avait demandé à l'Organisation mondiale de la santé de s'occuper du problème ; celle-ci avait refusé avec l'argument que la nature « culturelle » de ces opérations rituelles les plaçait en dehors de sa compétence. Ni l'une ni l'autre de ces organisations n'a absolument rien fait pendant 20 ans. Ensuite, poussées par des humanistes dévoués en Afrique et en Occident, elles ont entrepris d'organiser... des conférences.
Il est indéniable qu'il y a en Afrique un besoin désespéré d'éducation, à tous les niveaux ; c'est certainement une des premières choses qu'une révolution sociale victorieuse chercherait à mettre en place. Mais dans les conditions de pauvreté et d'arriération qui sont l'héritage de la domination coloniale, et qui sont renforcées par les despotes africains et exacerbées par les divisions tribales, on est loin de pouvoir fournir ne serait-ce que les rudiments d'instruction. Ce n'est pas simplement donner un alibi aux responsables gouvernementaux que de dire qu'ils ne peuvent pas se colleter avec le problème des mutilations féminines quand la plus grande partie de la population meurt de faim. Pendant une bonne partie de la dernière décennie, les pays d'Afrique centrale ont vu leur taux de mortalité infantile augmenter tandis que les rations alimentaires, la santé et l'alphabétisation de leurs populations reculaient, tout cela étant encore aggravé par le développement rapide de l'épidémie du sida. D'après la Banque mondiale, le revenu moyen des pays africains a diminué de 25 % au cours des dix dernières années. Entre 1980 et 1987, la valeur des exportations de l'Afrique a chuté de 45 %, mais rien qu'en 1986-87 un milliard de dollars a été payé au FMI. Avec la fin de la guerre froide, le peu d'aide que l'Afrique recevait de l'Occident impérialiste a été supprimé.
La Somalie en est un exemple frappant. Comme l'explique l'édition 1992 de la brochure Female Genital Mutilation : Proposals for Change du Minority Rights Group, l'Organisation démocratique des femmes de Somalie avait lancé un projet éducatif et commencé à former du personnel religieux et paramédical pour une campagne antimutilation en langue somalie (qui n'est écrite que depuis vingt ans). Elle avait reçu le soutien technique d'une organisation des droits de l'homme italienne, et au moins l'approbation morale du gouvernement somalien. Mais fin 1991, un soulèvement tribal renversait le parti au pouvoir, et l'infrastructure technique du projet était détruite.
Depuis de nombreuses années, le Soudan est déchiré par une guerre entre le nord musulman, qui détient le pouvoir, et les tribus chrétiennes et animistes du sud. Récemment, le journal Independent de Londres a fait état d'une scission entre les deux factions de l'opposition dans le sud : « Les habitants survivants de Bor et Kangor – estimés à 33 000 par le recensement de 1983 – ont fui vers l'est dans un marais, mais des centaines de femmes et d'enfants ont été enlevés en cours de route. Les femmes sont là-bas une marchandise de valeur : une femme volée est une femme bon marché et peut économiser au ravisseur les 30 ou 40 têtes de bétail qu'il aurait dû payer pour prix de l'épousée. » Ce n'est pas une atmosphère propice à l'éducation sur les droits des femmes. Efua Dorkenoo, co-auteur du rapport du Minority Rights Group et directrice de FORWARD (un groupe d'aide aux femmes africaines qui est en Grande-Bretagne) rapporte que du fait de la guerre civile et du fait que les intégristes islamiques imposent leurs traditions aux peuples non musulmans du sud, les mutilations féminines sont maintenant pratiquées dans les tribus Nuer et Dinka, où elles étaient auparavant inconnues. La lutte en Erythrée apporte des avancées sociales aux femmes
Il est particulièrement frappant que la seule région d'Afrique où certains succès semblent avoir été remportés dans le combat contre les mutilations des organes génitaux féminins c'est l'Erythrée, une bande de terre baignée par la mer Rouge qui possédait une classe ouvrière petite mais d'extraction locale, avant que celle-ci ne soit détruite en 1958 par les troupes éthiopiennes soutenues par les Etats-Unis. Vingt-huit ans de guerre de libération nationale menée par l'Erythrée contre l'Ethiopie ont brisé les traditions culturelles, détruit les cadres de la vie villageoise normale et contraint à l'intégration des femmes dans la vie sociale. Lel Ghebreab, présidente de l'Union nationale des femmes érythréennes, expliquait les effets de cette situation sur le statut des femmes : « Quand une femme faisait la preuve qu'elle était une combattante valeureuse au front, elle pouvait revenir dans son village avec de l'autorité. Les hommes devaient l'écouter. Elle pouvait influencer d'autres femmes. »
L'Erythrée se trouve dans la corne de l'Afrique, où dans le passé 90 % des femmes étaient infibulées. Approximativement 20 % d'entre elles meurent en couches, souvent du fait de l'obstruction du col de l'utérus par des tissus cicatriciels. Avant la guerre civile, il n'était pas permis aux femmes de posséder des terres ou d'aller à l'école. Les mariages d'enfants et la polygamie étaient pratiques courantes. Un homme pouvait divorcer simplement en jetant sa femme dehors ; le divorce était rarement accordé à une femme, parce qu'il exigeait de sa famille qu'elle rende le prix de l'épousée. Les femmes étaient exclues de la vie politique villageoise. Celles qui travaillaient hors de chez elles le faisaient dans des usines de textile et de produits alimentaires à capitaux israéliens ou italiens, pour des salaires inférieurs de moitié à ceux des hommes.
Les femmes ont commencé à participer aux combats en 1973. Le Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE) compte dans ses rangs 30 % de femmes ; la moitié d'entre elles ont servi en première ligne. Ces combattantes ont inscrit dans la constitution du FPLE des droits pour les femmes y compris « des lois progressistes sur le mariage et la famille » et « les pleins droits et l'égalité avec les hommes en politique ». Il est interdit aux femmes du FPLE de rejoindre des mariages polygames et de permettre que leurs filles soient mutilées. Les mariages entre musulmans et chrétiens, traditionnellement inconcevables, sont maintenant assez courants. L'Union nationale des femmes érythréennes s'efforce surtout d'éduquer les femmes sur les dangers que l'infibulation représente pour la santé. Cependant, comme l'admet une sage-femme formée par les guérilleros, convaincre les femmes d'abandonner la tradition « est un travail difficile » ; si les femmes insistent, elle procède à l'opération de façon « hygiénique ». L'effondrement récent de la dictature militaire en Ethiopie n'a pas non plus aidé la cause de la libération érythréenne. Le nouveau régime « démocratique » d'Addis-Abeba a déjà fait machine arrière en ce qui concerne son soutien à l'indépendance de l'Erythrée, tandis que les guérilleros de la province voisine du Tigré sont viscéralement hostiles à la perspective d'un Etat érythréen séparé. Avec ces conflits ethniques multiformes, des régions entières ont été vidées de leurs habitants et les survivants ont été réduits à la famine ; il plane la menace de tragédies que les statistiques seront impuissantes à décrire.
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/excision.htm
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LO, LCR : la faillite du réformisme face à la crise financière - Pour la révolution socialiste ! Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe ! (Octubre 2008)

https://archive.is/QtqnX
Supplément au Bolchévik nº 185 Octobre 2008
LO, LCR : la faillite du réformisme face à la crise financière
Pour la révolution socialiste ! Pour les Etats-Unis socialistes d'Europe !
10 octobre – La crise financière qui a éclaté aux Etats-Unis, et sur laquelle nous reproduisons en première page un article de nos camarades américains, se répand maintenant comme une traînée de poudre en Europe, où les marchés sont à feu et à sang. La troisième banque allemande n’est maintenue en survie (pour le moment) que grâce à l’injection en urgence de 50 milliards d’euros par le gouvernement allemand de coalition CDU-SPD. En France, la banqueroute de Natixis risque d’entraîner les Caisses d’épargne et les Banques populaires. C’est le sauve-qui-peut général où les différents gouvernements capitalistes nationaux agissent en ordre dispersé pour sauver leur propre capital financier de la faillite au détriment de leurs rivaux européens. En l’espace de quelques jours l’une des principales banques de Belgique, Fortis, a été démantelée et dépecée par l’Etat hollandais et la BNP française (qui a gracieusement abandonné à l’Etat belge les prêts « toxiques » de Fortis en ne mettant la main que sur l’activité de dépôts qu’elle juge rentable), pendant que la banque franco-belge Dexia était renflouée à répétition par les Etats français, belge et luxembourgeois.
Le monde capitaliste est à nouveau déchiré par la crise économique, l’une de ces crises dont l’éclatement cyclique est inhérent au système capitaliste lui-même. Les rivalités entre puissances impérialistes, qui ont déjà conduit à deux conflagrations mondiales, s’aiguisent à nouveau. Comme l’écrivait Lénine en 1915 (« A propos du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe », Œuvres, tome 21) :
« Pour mesurer la force réelle d’un Etat capitaliste, il n’y a et il ne peut y avoir d’autre moyen que la guerre. La guerre n’est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée ; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents Etats est impossible. Les seuls moyens possibles, en régime capitaliste, de rétablir de temps en temps l’équilibre compromis, ce sont les crises dans l’industrie et les guerres en politique. »
Pour ce qui est de l’Europe, cette crise montre une nouvelle fois ce que nous disons depuis longtemps : l’Union européenne n’est qu’un consortium instable de puissances impérialistes rivales (et d’Etats capitalistes intermédiaires, les pays d’Europe de l’Est issus de la contre-révolution capitaliste étant eux plus proches d’un statut néocolonial) ; c’est un bloc dirigé contre leurs classes ouvrières respectives, contre les immigrés et contre leurs rivaux impérialistes des USA et du Japon. A bas l’Union européenne, cette forteresse capitaliste raciste !
Une chose est claire, c’est que ce sont les travailleurs à qui les capitalistes vont présenter la facture. Une lutte de classe acharnée est nécessaire pour défendre pied à pied les acquis des travailleurs qui vont être attaqués. Mais alors que Sarkozy navigue à vue pour éviter chaque jour qu’un nouveau cataclysme n’emporte le capitalisme français en multipliant les attaques anti-ouvrières, les sociaux-démocrates du PS n’ont que les 15 milliards du paquet fiscal de l’année dernière à lui reprocher, et ceux du PCF préconisent un pôle financier public pour accroître de quelques milliards les moyens de l’Etat pour sauver les institutions financières françaises de la disparition pure et simple.
Toute « solution » nationale à la crise consiste à enchaîner les travailleurs dans l’« unité nationale » avec leur propre bourgeoisie pour sauver le capitalisme de leur propre pays contre ses rivaux étrangers. Le chauvinisme des sociaux-démocrates et des bureaucraties syndicales signifie qu’ils défendent les intérêts de « leur » bourgeoisie impérialiste contre la classe ouvrière, ici et à l’étranger. La défense des intérêts de classe du prolétariat doit être au contraire imprégnée du programme de la lutte de classe et de la solidarité internationale que Karl Marx et Friedrich Engels avaient inscrit sur l’étendard du mouvement communiste il y a 160 ans : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Nous luttons pour des Etats-Unis socialistes d’Europe, qui ne pourront voir le jour qu’avec le renversement révolutionnaire des bourgeoisies du continent par la classe ouvrière. Cela exige de reforger la Quatrième Internationale, parti mondial de la révolution socialiste, dans une lutte acérée pour arracher la classe ouvrière à ses directions réformistes traîtres, que ce soit en France le PS et le PCF, ou Lutte ouvrière (LO) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).
Besancenot : un « Paulson de gauche » ?
En ce qui concerne les ex-pseudo-trotskystes de la LCR, ou ceux de LO, ils élèvent un peu le ton en parlant de « rupture avec le capitalisme » (LCR) ou même de « révolution sociale » (LO). Voyons un peu. La LCR écrit : « Le résultat le plus clair de l’injection massive, par l’Etat, de liquidités dans le secteur bancaire a été de nationaliser les pertes et de privatiser les profits. » Effectivement. Elle ajoute :
« Le crédit est indispensable au fonctionnement de l’économie. Oui, il faut nationaliser tous les organismes bancaires et financiers, mais sans rachat et sous contrôle de la population, en en expropriant les gros actionnaires dont l’irresponsabilité a conduit à la catastrophe actuelle. »
– Rouge, 2 octobre
« Exproprier », cela peut paraître plus radical que les schémas sociaux-démocrates classiques de « nationalisations » comme sous Mitterrand qui avait nationalisé les banques, la sidérurgie et autres (encore que la LCR se limite aux « gros actionnaires » irresponsables). En fait, vu les masses de prêts aujourd’hui irrécouvrables qu’ont octroyés les banques, plusieurs fois au-delà de leurs propres fonds propres, et les dettes qu’elles ont elles-mêmes accumulées en regard de ces prêts, il faudrait se faire payer pour reprendre ces banques avec la totalité de leurs engagements « toxiques ». En d’autres termes, quand l’Etat bourgeois « exproprie » aujourd’hui une banque c’est encore la reprendre au-delà de sa valeur ! Comme l’explique ironiquement le très bourgeois Monde diplomatique (octobre), Henry Paulson, le Secrétaire au Trésor (ministre des Finances) américain, a nationalisé l’assureur AIG contre un crédit pour le sauver de la faillite : « Une fois le crédit éteint [remboursé], l’Etat fédéral n’en demeurera pas moins actionnaire à 79,9 %. C’est donc qu’il s’est livré à une prise de contrôle pour l’instant sans bourse délier : une expropriation ! » Paulson « exproprie » les banques et les assurances parce qu’il est un serviteur de la bourgeoisie américaine, le crime de Besancenot c’est qu’il propose au fond la même chose tout en prétendant défendre les intérêts des travailleurs (français).
Pour l’Etat capitaliste il s’agit de sauver l’ensemble du système. Rouge, le journal de la LCR, est bien d’accord : « Le crédit est indispensable au fonctionnement de l’économie. » Un article dans le numéro du 9 octobre ajoute même : « Il n’y a donc pas lieu de s’opposer, sur le principe, au sauvetage des banques. En revanche, c’est sur les conditions dans lesquelles celui-ci s’effectue que doit se concentrer la bataille. » Voici la LCR au chevet du capitalisme à l’agonie, et la seule chose qu’ils demandent en retour, c’est un peu de « contrôle ouvrier » : « Il faut donner aux travailleurs de véritables pouvoirs dans l’entreprise et, pour cela, modifier le droit de propriété, par exemple par la participation d’une représentation des salariés aux pouvoirs de décision » (dixit Besancenot, Rouge, 9 octobre). Il ne s’agit en d’autres termes ni de contrôle ouvrier véritable ni d’incursion dans le droit de propriété capitaliste : la LCR revendique tout simplement quelques sinécures pour les bureaucrates syndicaux dans les conseils d’administration capitalistes, comme au bon vieux temps de Mitterrand.
Elle propose au fond une autre version du « pôle financier public » du PCF, en y ajoutant vaguement la nécessité d’un contrôle « par la population » pour donner un côté « démocratique » à l’affaire tout en escamotant la question de l’Etat capitaliste. Trotsky insistait au contraire dans le Programme de transition : « L’ETATISATION DES BANQUES ne produira toutefois ces résultats salutaires que si le pouvoir d’Etat lui-même passe entièrement des mains des exploiteurs aux mains des travailleurs. »
La question de l’Etat est fondamentale ; les réformistes sèment l’illusion que l’Etat serait une institution neutre, au-dessus des classes, et que l’on pourrait donc l’utiliser dans les intérêts des travailleurs en faisant pression sur lui ou en y conquérant des positions, pour commencer au niveau municipal. Mais la tâche des révolutionnaires, c’est de préparer le renversement et la destruction de l’Etat bourgeois au cours d’une révolution ouvrière. Aussi nous refusons d’alimenter les illusions qu’on pourrait utiliser cet appareil d’oppression qu’est l’Etat en y occupant des postes exécutifs pour administrer le capitalisme soi-disant dans l’intérêt des travailleurs. Et nous refusons en conséquence aussi de nous présenter à l’élection de tels postes exécutifs, du maire au président de la République, le chef des armées.
La LCR a formellement renoncé en 2003 à la dictature du prolétariat avant de s’embarquer dans la construction d’un « nouveau parti anticapitaliste » (NPA) : maintenant elle dénonce le communisme et la révolution, et donc quand elle parle d’expropriation, c’est d’une expropriation par l’Etat bourgeois, qui nécessairement fera payer les pertes à la classe ouvrière : du Paulson plutôt que du Marx ! Ce qu’il faut pour résoudre les problèmes des ouvriers qui s’aggravent, c’est l’expropriation des capitalistes par la classe ouvrière au pouvoir : la dictature du prolétariat.
La LCR se présente aujourd’hui comme la social-démocratie du 21e siècle (voir notre article dans le Bolchévik n° 184), disponible pour gérer le capitalisme. C’est ce qu’ils ont fait il y a quelques années au Brésil avec un ministre dans le premier gouvernement Lula, et c’est ce qu’ils font déjà au niveau municipal en France. Par exemple, à Gentilly en banlieue parisienne, ils font depuis mars partie intégrante de la majorité municipale (2 élus dès le premier tour) sur une liste de front populaire, c’est-à-dire une alliance de collaboration de classes, dirigée ici par le PCF, avec la participation d’organisations bourgeoises comme le Parti radical de gauche.
Plan d’urgence réformiste contre programme de transition trotskyste
Rouge écrit en date du 26 septembre : « Un sursaut s’impose, la contre-offensive doit s’organiser. Il nous faut un nouveau plan d’urgence, un plan d’urgence face à la crise. » Leur plan d’urgence, ce sont d’indigentes réformettes, du genre « Sans augmenter le déficit, il serait possible de faire autrement en revenant sur les avantages fiscaux consentis aux plus riches ces dernières années » (Rouge, 2 octobre) – la LCR garantit à la bourgeoisie qu’elle n’alourdira pas le déficit budgétaire ! Dans un éditorial du même numéro de Rouge, François Sabado ajoute :
« Il faut d’abord défendre l’emploi, interdire les licenciements, en particulier dans les entreprises qui font des profits. Il faut arrêter les plans de suppressions d’emplois dans le secteur public et, au contraire, créer des centaines de milliers d’emplois publics. »
La crise actuelle montre une nouvelle fois que les licenciements sont un mécanisme fondamental du capitalisme : c’est une utopie réformiste de proposer l’interdiction des licenciements (par l’Etat bourgeois) – peut-être que c’est pour cette raison que la LCR limite d’habitude sa proposition aux entreprises qui font des profits, des entreprises qui vont très bientôt se faire rares ! Sinon, « créer des centaines de milliers d’emplois » est un chiffre somme toute acceptable pour la bourgeoisie : il fait pâle figure à côté des millions de chômeurs officiellement reconnus par l’Etat, un chiffre qui va croître dramatiquement dans la période à venir en frappant tout d’abord les femmes, les immigrés, les jeunes des banlieues qui déjà étaient cantonnés aux emplois les plus précaires, les plus mal payés.
Pour mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière, il faut une lutte politique dans les syndicats pour une direction lutte de classe pour remplacer les bureaucrates, qui défendent l’industrie « nationale » contre les travailleurs des autres pays. Il faut se battre contre les licenciements massifs qui s’annoncent par exemple dans l’industrie de la construction ; pour cela la classe ouvrière doit lutter contre l’oppression raciste qui sert à miner l’unité de la classe ouvrière, en exigeant les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici et en se mobilisant contre les expulsions. Dans l’automobile, de nombreux jeunes de banlieue sont intérimaires et autres précaires ; la lutte pour empêcher les patrons de licencier d’abord ceux-ci avant de s’en prendre aux autres travailleurs doit être liée à une lutte politique contre toutes les formes de discrimination raciste à l’embauche, et dans tous les autres aspects de la vie en-dehors de l’usine : face à la terreur raciste de l’Etat bourgeois, le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes de banlieue ! Comme l’expliquait Trotsky :
« Le DROIT AU TRAVAIL est le seul droit sérieux qu’ait l’ouvrier dans une société fondée sur l’exploitation. Cependant, ce droit ne cesse de lui être contesté. Contre le chômage, tant “structurel” que “conjoncturel”, il est temps de lancer, en même temps que le mot d’ordre des travaux d’utilité publique, celui de L’ECHELLE MOBILE DES HEURES DE TRAVAIL. Les syndicats et les autres organisations de masse doivent lier ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas par un engagement mutuel de solidarité. Le travail disponible doit être réparti entre tous les bras disponibles, cette répartition déterminant la durée de la semaine de travail. Le salaire moyen de chaque ouvrier reste le même qu’avec l’ancienne semaine de travail. Le salaire, avec un MINIMUM strictement assuré, suit le mouvement des prix. Aucun autre programme ne peut être accepté pour l’actuelle période de catastrophes. »
On voit déjà les capitalistes et leurs valets sociaux-démocrates hurler que tout cela est irréaliste. Trotsky répond :
« Il s’agit de préserver le prolétariat de la déchéance, de la démoralisation et de la ruine. C’est une question de vie ou de mort pour la seule classe créatrice et progressiste et, par là même, c’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu. Si le capitalisme est incapable de satisfaire les revendications que font surgir de façon inéluctable les maux qu’il a lui-même engendrés, qu’il périsse ! La “possibilité” ou l’“impossibilité” de réaliser ces revendications est, dans le cas présent, une question de rapport de forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Au travers de cette lutte, et quels que soient ses succès pratiques immédiats, les ouvriers comprendront, plus que de toute autre façon, la nécessité de liquider l’esclavage capitaliste. »
Lutte ouvrière : municipalisme bourgeois et économisme
Quant à LO, un de ses principaux dirigeants, Georges Kaldy, a signé un long article dans Lutte Ouvrière du 19 septembre sur la crise économique, qu’il conclut en disant : « Pour les travailleurs, il n’y a pas d’autre programme face à la crise de l’économie capitaliste qu’une politique visant à détruire ce système économique, c’est-à-dire la révolution sociale. » Langage très inhabituel dans Lutte Ouvrière, qui reflète la pression sur cette organisation des succès électoraux, médiatiques et sondagiers de la LCR ; LO cherche à montrer qu’ils ont encore une raison d’être en se positionnant à gauche de la LCR quand celle-ci dénonce ouvertement la révolution, le communisme et le trotskysme. LO vient d’ailleurs d’exclure sa minorité sociale-démocrate qui depuis un an est rongée d’impatience à l’idée de se liquider dans le nouveau parti anticommuniste de Besancenot. Mais qu’en est-il de ceux qui ont décidé de placer LO sur des listes de front populaire pour gérer le capitalisme dans les municipalités il y a moins d’un an (même la minorité droitière pro-LCR pouvait les critiquer sur une capitulation aussi grotesque) ? Evidemment la direction de LO ne va pas s’exclure elle-même !
Cela montre que les déclarations de LO sur la « révolution sociale » ne sont que des mots creux. Au fond ils sont tout aussi réformistes que la LCR, même si pendant longtemps ils ont plutôt voulu gérer la CGT que l’Etat capitaliste. Et d’ailleurs ils revendiquent en gros la même chose que la LCR, comme « il faut exproprier les banques ! » et « interdire les licenciements ! » (titres de Lutte Ouvrière du 10 octobre). Ils insistent sur le contrôle des banques de la part « de leurs salariés, de leurs petits usagers et de toute la population » (éditorial des bulletins d’entreprise du 6 octobre), qui est plus vague que les sinécures au conseil d’administration revendiquées par la LCR, mais qui de ce fait ne reste qu’une pieuse généralité dissolvant au passage la classe ouvrière dans les « petits usagers » et « toute la population ». Ils dénaturent la revendication avancée dans le Programme de transition, où Trotsky explique que le contrôle ouvrier doit « révéler enfin, devant toute la société, quel effroyable gaspillage de travail humain résulte de l’anarchie capitaliste et de la course au profit mise à nu […]. Les comités d’usine, et eux seuls, peuvent assurer un véritable contrôle sur la production […]. » Pour Trotsky les revendications du contrôle ouvrier et de l’ouverture des comptes doivent servir à orienter les travailleurs vers des organes de double pouvoir ouvrier (soviets) et la révolution. Pour LO il s’agit simplement d’« exiger la transparence sur tous les mouvements financiers », comme si l’on pouvait « moraliser » le capitalisme sous la pression de « toute la population ».
Pour LO la crise est largement due à la baisse des salaires, et donc il suffirait d’augmenter les salaires pour la résoudre, sans renverser le capitalisme. Lors de la manifestation syndicale du 7 octobre on pouvait voir comment Lutte ouvrière sème ce genre d’illusions dans la classe ouvrière : le cortège de la CGT de PSA Aulnay (qui est dirigée par LO) scandait « Pour sortir de la crise, c’est pas les banques qu’il faut aider, c’est les salaires qu’il faut augmenter » (l’Humanité, 8 octobre). Comme le disait Marx (le Capital, livre III) :
« La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société. »
Cette contradiction est insoluble dans le cadre du capitalisme. Le système capitaliste fonctionne non pas sur la base des besoins à satisfaire dans la population, mais sur la nécessité d’airain pour les capitalistes individuels de faire des profits : « Le taux de profit est la force motrice de la production capitaliste, et on n’y produit que ce qui peut être produit avec profit et pour autant que cela peut être produit avec profit » (le Capital, livre III). LO prédit à juste titre que
« L’amplification de la crise amènera inévitablement l’intensification de cette guerre contre le monde du travail […]. La question immédiate pour la classe ouvrière et plus généralement pour les classes populaires est de savoir comment se défendre contre “les deux maux économiques fondamentaux dans lesquels se résume l’absurdité croissante du système capitaliste, à savoir le chômage et la cherté de la vie”, pour reprendre l’expression de Trotsky. »
Mais là où Trotsky répond avec l’échelle mobile des salaires et des heures de travail, c’est-à-dire le partage du travail entre toutes les mains sans perte de salaire, et un programme de transition vers la prise du pouvoir, LO au contraire se limite, au-delà de rares déclarations sur la « révolution sociale » dans un avenir indéterminé, à se faire l’écho de la bureaucratie syndicale dont elle cherche simplement à accroître légèrement la combativité. Ainsi appelait-elle aux manifestations du 7 octobre :
« Pour l’instant, les appels syndicaux pour cette journée restent bien en-deçà de ce qui serait nécessaire […]. En tout cas, tous ceux qui agiront ce jour-là auront raison de le faire. Car cela peut être l’occasion d’affirmer la nécessité de rassembler l’ensemble du monde du travail pour imposer la garantie des salaires et des pensions de tous, en finir avec la précarité et les licenciements, obliger le patronat à prendre sur ses profits accumulés pour garantir une vie digne à chacun. »
– Lutte Ouvrière, 3 octobre
Comme si le patronat pouvait sans mentir « garantir une vie digne à chacun » ! C’est justement parce qu’il ne peut pas le faire que la classe ouvrière devrait voir de plus en plus clairement la nécessité de renverser tout le système capitaliste par une révolution socialiste.
Pour de nouvelles révolutions d’Octobre
Comme le disait Marx, le système capitaliste « n’est pas un système de production absolu, mais un simple mode historique de production correspondant à une certaine époque de développement restreint des conditions matérielles de production » (ibid.) La révolution d’Octobre en Russie en 1917 avait donné chair et sang à cette prédiction de Marx que le système capitaliste peut et doit être remplacé par un mode de production supérieur, où les moyens de production ont été collectivisés. C’est pourquoi nous trotskystes nous sommes battus jusqu’au bout pour la défense militaire inconditionnelle de l’Union soviétique, tout en luttant pour une révolution politique prolétarienne contre la bureaucratie stalinienne qui sapait les fondements de l’Etat ouvrier avec sa politique nationaliste de « construire le socialisme dans un seul pays ». Nous avons été les seuls à lutter contre la réunification capitaliste de l’Allemagne, en mobilisant nos forces pour une Allemagne rouge des conseils face à la bureaucratie stalinienne qui abdiquait et qui en 1990 a livré la RDA à la bourgeoisie allemande. Nous poursuivons aujourd’hui cette lutte en défendant les Etats ouvriers déformés restants – Chine, Cuba, Vietnam, Corée du Nord.
Ces quinze dernières années la destruction finale de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique a été marquée par un triomphalisme capitaliste débridé et les applaudissements des réformistes de tout poil qui avaient dans la mesure de leurs forces contribué à la contre-révolution capitaliste. Ainsi Alain Krivine, dirigeant historique de la LCR de Besancenot, proclamait dans son autobiographie Ca te passera avec l’âge (!) à propos de la disparition de l’URSS : « Sa fin ne pouvait que nous réjouir. Et, sans la moindre hésitation, nous nous sommes effectivement réjouis. » Et maintenant les ouvriers et les opprimés du monde souffrent des conséquences de la contre-révolution. Mais la crise économique qui ravage le système capitaliste mondial montre qu’il n’y a pas d’autre issue pour la classe ouvrière que dans le renversement du système par une révolution socialiste. Nous luttons pour construire le parti ouvrier révolutionnaire d’avant-garde qui seul pourra conduire la classe ouvrière à la victoire pour reconstruire la société sur une base socialiste internationale.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/185suppl/lo-lcr.html
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La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire - Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine (2005)

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Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire
Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine
A bas l’alliance contre-révolutionnaire USA/Japon ! Pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé chinois !
La campagne du référendum a été marquée par une débauche de propagande protectionniste anti-chinoise à propos des importations de textiles. Les industriels français du textile, représentés au MEDEF par Sarkozy frère, qui ont licencié en France des centaines de milliers de travailleurs depuis vingt ans, hurlent maintenant parce qu’ils ont délocalisé leurs usines en Europe de l’Est et au Maghreb au lieu de la Chine, et de ce fait ont pris du retard par rapport à leurs rivaux qui ont su investir en Chine. Cette campagne n’a rien à voir avec la défense des travailleurs en France.
Le gouvernement, en campagne pour le « oui », avait cru bon d’utiliser l’affaire du textile chinois pour présenter l’Union européenne comme un rempart protégeant les travailleurs d’Europe contre la « mondialisation ». Les tenants du « non de gauche », comme d’ailleurs du non d’extrême droite, n’avaient pas grand-chose à y rétorquer puisque tout l’axe de leur campagne contre la « Constitution » était de lutter contre la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le traité constitutionnel.
Une jeune étudiante chinoise, Li li Whuang, est en prison depuis le 29 avril, accusée dans une soi-disant affaire d’espionnage contre l’équipementier automobile Valeo. Le mouvement ouvrier devrait s’opposer à cette chasse aux sorcières : c’est le genre de campagne raciste qui prépare des pogromes ici contre les travailleurs d’origine chinoise, qui par dizaines de milliers sont sans papiers, férocement exploités dans des ateliers de confection. Apparemment le dossier contre Li li Whuang est vide, mais de toutes façons pour nous trotskystes l’espionnage pour le compte d’un Etat ouvrier déformé n’est pas un crime contre la classe ouvrière internationale. Nous exigeons la libération immédiate de Li li Whuang !
26 avril – Depuis un mois, des dizaines de milliers de manifestants anti-japonais sont descendus dans les rues de plusieurs villes chinoises, aux quatre coins du pays. Ces manifestations ont été provoquées par l’approbation à Tokyo de nouveaux manuels d’histoire destinés aux collèges, qui escamotent les atrocités perpétrées dans le passé par l’impérialisme japonais. Le « viol de Nankin » en 1937, quand 300 000 Chinois ont été massacrés par la soldatesque japonaise, est désormais présenté comme « un incident ». L’asservissement de plus de 200 000 « femmes de réconfort » coréennes et chinoises, contraintes de servir d’esclaves sexuelles dans les bordels de l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été effacé de l’histoire.
La réécriture de l’histoire dans les manuels japonais est une provocation non seulement contre l’Etat ouvrier déformé chinois, mais aussi contre les travailleurs de l’Asie entière – et de fait, elle a provoqué des manifestations en Corée du Sud. C’est la dernière en date d’une série de provocations de l’impérialisme japonais contre la Chine, après la récente déclaration proclamant l’intention du Japon d’effectuer des forages pétroliers et gaziers autour des îles Diaoyutai revendiquées par la Chine. La plus significative a été la publication en février dernier d’une déclaration politique commune des Etats-Unis et du Japon affirmant que Taïwan est « une préoccupation de sécurité commune ». La plupart des manifestations chinoises, qui pour l’instant se sont pour l’essentiel arrêtées, ont été tacitement organisées ou approuvées par le gouvernement en réponse aux provocations du Japon. La bureaucratie a autorisé la poursuite des manifestations – tout en s’employant anxieusement à en garder le contrôle – pour détourner l’attention de l’agitation sociale grandissante qui ronge le tissu même de la société chinoise. Comme l’expliquait un manifestant de Shanghaï : « Les gens participent à cette manifestation parce qu’on ne les autorise pas à protester contre quoi que ce soit d’autre » (New York Times, 17 avril).
Mais ces manifestations, qui ont duré plus longtemps que toutes les autres grandes manifestations publiques en Chine depuis la révolte de Tiananmen en 1989, encouragent une réponse nationaliste aux provocations du Japon – c’est-à-dire dirigée non pas contre la classe dirigeante capitaliste du Japon, mais contre la population japonaise tout entière, les travailleurs comme leurs oppresseurs capitalistes. « Cochons japonais, dehors ! », criaient les manifestants chinois qui saccageaient des magasins japonais. Une expression de ce nationalisme a été l’appel à boycotter les entreprises et les produits japonais.
Le poison nationaliste encouragé par la bureaucratie stalinienne chinoise représente un grave danger pour les acquis de la Révolution chinoise de 1949 elle-même. Opposée qu’elle est à l’unité de classe entre les prolétariats chinois et japonais, la bureaucratie veut réaliser l’unité de tout le peuple chinois, y compris les capitalistes chinois de Taïwan et de Hongkong, contre tout le peuple japonais. Ceci a été clairement exprimé dans une récente manifestation à Hongkong, où les manifestants anti-japonais portaient le drapeau taïwanais du Guomindang, qui représente les capitalistes et les propriétaires fonciers ayant fuit la révolution. Pour la première fois depuis la guerre civile, le gouvernement chinois a récemment reçu une délégation du Guomindang venue de Taïwan ; en affichant ainsi leur attachement à l’« unité » chinoise contre le Parti progressiste démocratique taïwanais favorable à l’indépendance de l’île, les staliniens chinois montrent à quel point le nationalisme et la collaboration de classes sont profondément ancrés chez eux.
Les acquis de la Révolution chinoise – avant tout l’économie nationalisée et collectivisée – représentent une avancée historique non seulement pour les ouvriers et les paysans chinois, mais aussi pour le prolétariat du monde entier. L’expropriation des capitalistes et la mise en place d’une économie socialisée ont représenté une immense avancée par rapport à l’asservissement impérialiste et à l’effroyable oppression que subissaient jadis les masses chinoises, et ont jeté la base d’un bond formidable dans le développement économique. Et avec l’extension internationaliste de la révolution, elles pourraient jeter la base de la construction, dans l’avenir, d’une société socialiste.
Mais la Chine, depuis le début, est un Etat ouvrier déformé, dans lequel une caste conservatrice de bureaucrates, qui gouverne dans son propre intérêt étroit, bloque le développement vers une société socialiste sans classes. Depuis Mao Zedong (et y compris sous son règne), ces dirigeants bureaucrates ont colporté le dogme stalinien nationaliste de la construction du « socialisme dans un seul pays ». Répudiant en tous points le marxisme, les staliniens ont prêché tout au long de leur histoire la conception inepte que le socialisme pouvait être construit dans un seul pays – fût-il aussi arriéré matériellement que la Chine – si seulement une intervention militaire impérialiste pouvait être évitée.
Un des aspects des manifestations récentes en Chine a été l’opposition aux tentatives du Japon d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour le gouvernement chinois, cette question fait partie de ses manœuvres, dans le cadre de la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme mondial, entre les puissances impérialistes prétendument « progressistes » ou « réactionnaires ». Par exemple, la Chine soutient les efforts de l’Allemagne pour obtenir un siège de membre permanent. La vérité est que l’ONU n’est pas autre chose qu’un nid de brigands impérialistes et de leurs victimes. Depuis la guerre de Corée jusqu’aux sanctions contre l’Irak qui ont tué plus d’un million et demi de personnes, l’ONU a montré qu’elle était une ennemie des travailleurs et des opprimés du monde entier.
L’internationalisme prolétarien révolutionnaire, et non la collaboration de classes nationaliste, est essentiel pour faire avancer les intérêts des travailleurs chinois en défendant les acquis de la Révolution chinoise, et ceux des travailleurs japonais dans leur lutte contre un impérialisme japonais revanchard. Le 13 mars dernier, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan (Workers Vanguard n° 844, 18 mars), nous écrivions :
« La Spartacist League/U.S. et le Groupe spartaciste Japon […] se prononcent pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine et de la Corée du Nord – comme nous le faisons pour les derniers autres Etats ouvriers déformés, le Vietnam et Cuba – contre les agressions impérialistes et la contre-révolution capitaliste intérieure […].
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan, selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
Pour l’internationalisme révolutionnaire !
Le dogme du « socialisme dans un seul pays » signifie l’opposition à la perspective de la révolution ouvrière au niveau international, et la conciliation de l’impérialisme mondial. Les manifestations récentes, par exemple, étaient exclusivement dirigées contre le Japon, exonérant ainsi les crimes de l’impérialisme US. (Apparemment, Pékin considère que dans l’alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon, Tokyo est la cible la plus facile.) Ceci reflète et alimente l’illusion répandue en Chine que les Etats-Unis sont une puissance impérialiste plus inoffensive. Ce sont pourtant les Etats-Unis qui en 1945 sont devenus le seul pays à jamais avoir utilisé des armes nucléaires, provoquant ainsi la mort de plusieurs centaines de milliers de civils japonais à Hiroshima et Nagasaki. Ces bombardements étaient un avertissement à l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Pendant la guerre de Corée, au début des années 1950, l’impérialisme US a été responsable de la mort d’environ trois millions de Coréens. Les sacrifices héroïques consentis par la Chine ont défendu l’Etat ouvrier déformé nord-coréen et ont empêché les forces américaines – qui combattaient sous le drapeau des Nations Unies – de mettre la main sur la totalité de la péninsule coréenne et d’en faire une néocolonie des Etats-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, qui s’est achevée en 1975, plus de trois millions de Vietnamiens ont été assassinés par les efforts désespérés de l’impérialisme US pour écraser la révolution sociale dans ce pays.
Beaucoup de gens en Chine ont des illusions sur la nature de l’impérialisme US parce qu’il a combattu le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les staliniens, qui présentent la Deuxième Guerre mondiale comme une « guerre contre le fascisme », s’étaient alliés avec les puissances impérialistes bourgeoises démocratiques – principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Au contraire, les trotskystes savaient que le carnage inter-impérialiste de la Deuxième Guerre mondiale était un conflit pour la redivision des ressources mondiales de main-d’œuvre bon marché et de matières premières, dans l’intérêt des profits capitalistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Quatrième Internationale, fondée par le dirigeant bolchévique Léon Trotsky et qui se basait sur l’internationalisme prolétarien, luttait pour la défaite révolutionnaire de tous les pays impérialistes. Simultanément, elle s’était prononcée pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique contre l’impérialisme, et soutenait l’autodétermination des colonies contre leur asservissement par les impérialistes, ceux de l’Axe comme ceux des Alliés.
Pendant l’occupation de la Chine par le Japon, qui a commencé au début des années 1930, les trotskystes donnaient un soutien militaire aux forces de la résistance chinoise, tout en s’opposant politiquement aux forces bourgeoises du Guomindang de Chiang Kai-shek. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre du Pacifique, l’effort de guerre du Guomindang se retrouvait subordonné de façon décisive aux intérêts de l’impérialisme US, au point que les responsables américains avaient le dernier mot sur le déploiement des forces du Guomindang. Dans ces conditions, il devenait nécessaire de préconiser une position de défaitisme révolutionnaire – pour la défaite des deux camps par la lutte de classe révolutionnaire – tant envers les USA et le Guomindang qu’envers le Japon, tout en donnant un soutien militaire aux forces du Parti communiste de Mao, qui n’étaient pas subordonnées militairement à l’impérialisme US (voir « Révolution permanente contre “front unique anti-impérialiste” – Les origines du trotskysme chinois », Spartacist édition française n° 31, automne 1997).
Un des articles de foi de la vision nationaliste des bureaucrates staliniens est que les travailleurs des pays capitalistes avancés ont été tellement corrompus par leurs exploiteurs que la lutte de classe révolutionnaire y est un rêve utopique (ou trotskyste). Pourtant, on voit au Japon des signes d’opposition à la résurgence du militarisme, y compris au sein de la classe ouvrière organisée. En 2001, environ 200 dockers du port de Sasebo, à Nagasaki, ont refusé de charger des armes et des fournitures militaires sur des navires de guerre de la marine japonaise destinées à aider les Etats-Unis dans leur guerre terroriste menée contre l’Afghanistan. Plus récemment, des centaines d’enseignants ont été licenciés ou sanctionnés pour avoir refusé de se lever pour l’Hinomaru (le drapeau national) et de chanter le Kimigayo (l’hymne national), des symboles du militarisme japonais. Ces actions ont été menées contre l’avis des dirigeants pro-impérialistes des trois principales fédérations syndicales – dont celles affiliées au Parti communiste japonais et au Parti social-démocrate – et représentent un défi frontal aux appels à l’« unité nationale » de la bourgeoisie japonaise.
Avec la multiplication des manifestations anti-japonaises en Chine, l’administration du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a enchaîné les provocations anti-chinoises. Avec arrogance, Koizumi a admonesté le peuple chinois en lui enjoignant d’être « plus adulte », de garder « la tête froide », et a suivi l’exemple du président Bush en réussissant à faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle maintienne son embargo sur les ventes d’armes à la Chine.
Les provocations de l’impérialisme japonais sont encouragées par l’impérialisme US. L’été dernier, le secrétaire d’Etat de l’époque, Colin Powell, affirmait le soutien américain à la campagne du Japon pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en notant que l’Article 9 de la constitution imposée par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d’engager des opérations militaires à l’extérieur, « devrait être examiné sous cet éclairage » (AFP édition anglaise, 13 août 2004). Plus récemment, il a été proposé de transférer le quartier général du 1er corps de l’armée américaine actuellement situé aux Etats-Unis, à Yokohama, au sud de Tokyo, où selon le Guardian de Londres (19 avril), « l’objectif principal de son déploiement avancé sera probablement la défense de Taïwan, les défis régionaux représentés par l’expansion militaire chinoise, et le face-à-face nucléaire avec la Corée du Nord. »
Les provocations du Japon et les manifestations en Chine ont été utilisées par l’extrême droite chauvine comme un feu vert pour terroriser les Chinois résidant au Japon. Les missions diplomatiques chinoises et d’autres institutions liées à la Chine ont été attaquées ou saccagées. Il y a eu des alertes à la bombe au consulat général de Chine à Fukuoka, une alerte à l’anthrax à l’ambassade chinoise de Tokyo, et une douille de balle de revolver a été envoyée au consulat chinois d’Osaka avec une lettre menaçant les citoyens chinois d’actes de violence. Le 10 avril, des coups de feu ont été tirés contre les bureaux de la Banque de Chine à Yokohama.
Finalement, le 22 avril, au sommet Asie-Afrique qui se tenait en Indonésie, Koizumi a cherché à désamorcer les tensions avec la Chine en offrant de vagues excuses pour les « dommages et souffrances terribles » provoqués par le pouvoir colonial japonais. (Le même jour, un membre du gouvernement Koizumi, avec 80 autres politiciens, effectuait un pèlerinage au sanctuaire de Yasukuni, un symbole du militarisme japonais qui honore la mémoire, entre autres, de criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale.) La semaine dernière, des personnalités japonaises de poids se sont inquiétées que le maintien de la tension nuise au commerce japonais, tandis que le ministre du Commerce chinois déclarait que le boycott des produits japonais serait dommageable aux intérêts économiques des deux pays. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, et environ 18 000 sociétés japonaises ont créé des filiales en Chine. Comme l’explique le New York Times (23 avril), l’« interdépendance économique croissante » entre la Chine et le Japon « a ces derniers jours assoupli leurs positions ».
L’impérialisme japonais est déterminé à se débarrasser des contraintes du syndrome de la « nation vaincue », avec lequel il est sorti de la Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, la classe dirigeante cherche à imposer une politique d’austérité économique à l’intérieur, à attiser le poison nationaliste et à renforcer l’appareil répressif nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre capitalistes. Les nouvelles directives de défense ne se contentent pas de cibler les Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen ; elles renforcent aussi l’arsenal de répression d’Etat contre le mouvement ouvrier. Il y a parmi les travailleurs du Japon un mécontentement considérable et un vrai désir de lutter contre l’austérité économique, la discrimination, l’aggravation de la répression d’Etat et la guerre. Cette colère et cette combativité doivent être dirigées vers la construction d’un parti révolutionnaire trotskyste, qui fera le lien entre le combat pour la révolution socialiste au Japon et la défense militaire inconditionnelle des Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen.
Chine : pour la révolution politique ouvrière !
Parlant pour beaucoup de ses congénères dans la bureaucratie stalinienne chinoise, Li Rui, ancien secrétaire de Mao Zedong, a fait cet aveu d’une franchise abrupte : « Personne ne comprend le marxisme. C’est ridicule. Les idéaux du passé n’existent plus. Il est donc juste de se tourner vers le nationalisme. C’est le moyen par lequel le parti peut maintenir son système et son idéologie » (l’Observer de Londres, 17 avril). En même temps qu’une défense cynique du nationalisme comme moyen efficace de manipuler les masses, cette déclaration reflète une assimilation abusive et très courante entre marxisme et maoïsme. En réalité, le contraste violent qu’on établit souvent entre la politique de Mao et celle de son successeur Deng Xiaoping est fondamentalement faux.
Dans le cadre nationaliste du « socialisme dans un seul pays », les régimes de Mao et de Deng ont suivi des politiques différentes dans des contextes internationaux différents. Cependant, à un égard très important, leurs politiques étaient essentiellement identiques : l’alliance avec l’impérialisme US contre l’Union soviétique. Cette alliance avait été scellée en 1972, quand le président américain Richard Nixon a donné l’accolade au président Mao au moment même où les avions américains faisaient pleuvoir leurs bombes sur le Vietnam. Le rapprochement de l’impérialisme US avec la bureaucratie maoïste sur la base d’une hostilité partagée envers l’Union soviétique a conduit à la reconnaissance de la République populaire de Chine et à l’attribution d’un siège pour la Chine aux Nations Unies aux dépens de Taïwan.
L’alliance avec les Etats-Unis a été poursuivie et approfondie sous Deng. En 1979, il a ordonné à l’Armée populaire de libération (APL) d’envahir le Vietnam, le principal allié soviétique en Extrême-Orient, avec l’approbation et l’encouragement de Washington. Les Vietnamiens ont résisté efficacement et infligé de lourdes pertes – 20 000 hommes – à l’APL, qui a battu en retraite en repassant la frontière. (Puisqu’on parle de tripatouillage des manuels d’histoire, ce chapitre peu reluisant a été pratiquement escamoté par les staliniens chinois.) Pendant les dernières années de la guerre froide, dans les années 1980, la Chine a encouragé l’impérialisme américain à affaiblir et à miner l’Union soviétique – par exemple en aidant les coupe-jarrets moudjahidin qui combattaient les troupes soviétiques en Afghanistan – favorisant ainsi la campagne contre-révolutionnaire qui a anéanti ce qui restait des acquis de la Révolution russe de 1917.
Après avoir détruit l’Union soviétique, la patrie de la seule révolution ouvrière victorieuse, les impérialistes sont aujourd’hui déterminés à restaurer le capitalisme en Chine. A cette fin, ils poursuivent une double stratégie : pénétration économique pour renforcer les forces intérieures de la contre-révolution capitaliste, combinée avec une pression militaire et la menace d’une intervention armée. Les bureaucrates staliniens encouragent en fait les impérialistes par leur politique de trahison : autorisation d’investissements capitalistes massifs combinée avec une quête futile d’une « coexistence pacifique » avec les impérialistes.
Mais malgré les « réformes de marché » de la bureaucratie, le noyau de l’économie chinoise reste collectivisé. En outre, la politique économique du régime du Parti communiste est encore contrainte par la peur d’une agitation sociale – et en particulier ouvrière – qui pourrait le renverser. Cela a été à deux doigts de se produire en 1989, quand des manifestations pour la libéralisation politique et contre la corruption centrées sur les étudiants ont été le déclencheur d’une révolte ouvrière spontanée, qui devait être ensuite réprimée par le régime dans un terrible bain de sang.
La Chine est aujourd’hui une poudrière de tensions sociales prête à exploser. D’après les statistiques gouvernementales, le nombre de manifestations a augmenté de 15 % l’année dernière, et s’est élevé à 58 000. Des millions de fermiers pauvres et d’ouvriers urbains ont bloqué des routes, organisé des grèves ou manifesté contre la corruption des responsables, les confiscations de terres, la destruction de l’environnement, les licenciements et le chômage, des conditions de travail misérables et l’écart croissant entre la richesse urbaine et la pauvreté rurale. A la mi-avril, les habitants de Dongyang, dans le sud-est de la Chine, furieux du refus du gouvernement de prendre des mesures contre la pollution des usines voisines, ont chassé 1 000 policiers anti-émeute et pris le contrôle de la ville. Au même moment, près de 2 000 anciens soldats de l’APL ont organisé à Pékin une série de manifestations pour protester contre le niveau insuffisant de leurs retraites. Plus récemment, environ 10 000 ouvriers de l’usine d’appareils électroniques Uniden de Shenzen, près de Hongkong, construite avec des capitaux japonais, ont fait grève pour exiger le droit de se syndiquer. La grève a pris fin le 23 avril. Révélant comment la bureaucratie chinoise joue le rôle de fournisseur de main-d’œuvre pour les bourgeoisies impérialistes qui investissent en Chine, un gréviste déclarait au Washington Post (26 avril) : « Certains responsables syndicaux nous ont dit que nous devions coopérer, car sinon les investisseurs pourraient se retirer et aller investir ailleurs, et nous perdrions tous notre travail. »
Par sa politique de « réformes de marché », la bureaucratie chinoise renforce les forces de la contre-révolution en permettant aux impérialistes de pénétrer économiquement l’Etat ouvrier. En même temps, cette politique augmente la puissance sociale du prolétariat industriel. Les alternatives auxquelles la Chine est confrontée sont la contre-révolution capitaliste ou la révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne et la remplacer par des soviets d’ouvriers et de paysans démocratiquement élus, organes du pouvoir prolétarien. Un parti léniniste-trotskyste est nécessaire pour apporter aux travailleurs chinois une stratégie internationaliste prolétarienne révolutionnaire. Il n’y a pas de voie nationalement limitée vers le socialisme en Chine. La modernisation de la Chine – fournir la base pour une vie décente à tous ses habitants sur la base de l’accès à la technologie avancée et aux ressources productives actuellement concentrées en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon – requiert l’extension internationale de la révolution socialiste, essentiellement à ces puissances impérialistes, jetant ainsi la base d’une économie socialiste planifiée internationale. Ceci requiert de reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, pour la révolution socialiste mondiale.
– Traduit de Workers Vanguard n° 847, 29 avril
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/chine.html
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Le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues (2005)

https://archive.is/JI0bY
Le Bolchévik nº 174 Décembre 2005
PCF : grands discours « antiracistes », avances au PS pro-répressionn - Le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues - Non à un nouveau « front populaire » de collaboration de classes maintenant l’ordre capitaliste !
La plus importante révolte de jeunes à ce jour dans les quartiers ouvriers et immigrés de ce pays s’est finalement épuisée mi-novembre. Les flics ont arrêté des milliers de personnes, et les tribunaux fonctionnaient nuit et jour, condamnant jusqu’à présent environ 700 jeunes à des peines de prison ferme. Libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés ! A bas l’état d’urgence raciste ! En plus de l’état d’urgence, le gouvernement capitaliste a annoncé qu’il va mettre en œuvre une série d’autres mesures qui existent déjà dans la loi « ordinaire », comme la destitution de la nationalité française de citoyens binationaux ; cela vise notamment les Algériens et cela peut paver la voie à des déportations en masse. A bas les déportations ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici !
La crise éclaire d’une lumière crue l’oppression et la discrimination racistes visant les jeunes des banlieues qui sont pour la plupart les enfants et les petits-enfants d’immigrants qui sont venus dans ce pays dans les années 1960 et 1970 en provenance de l’ancien empire colonial de la France, surtout d’Afrique du Nord et plus tard d’Afrique de l’Ouest. Et depuis cette époque les gouvernements qui se succèdent, de droite comme de gauche, ont ancré la ségrégation raciste dans la société, condamnant cette population dans son ensemble à des ghettos pourris à la lisière des villes manquant de toutes les prestations élémentaires – une éducation, des services de santé, des transports et des logements décents.
Toutes les statistiques officielles montrent une différence qualitative entre les conditions sociales des immigrants venant de l’Union européenne (UE), dont le taux de chômage est même plus faible que celui des jeunes Français blancs, et celles des jeunes nés citoyens d’un pays hors de l’UE. Pour ces derniers jeunes qui vivent dans les ghettos (les « zones urbaines sensibles »), le taux de chômage était de 48,4 % à l’époque du dernier recensement en 1999 (c’est-à-dire pratiquement au point haut de la dernière reprise économique). Le dernier « plan » du gouvernement contre le chômage consiste centralement avec le « contrat nouvelle embauche » à rendre ces travailleurs encore plus vulnérables aux licenciements ainsi qu’à couper les allocations de chômage à ceux qui refusent un travail à des heures de distance du logement.
Un jeune Français sur neuf termine l’école sans aucune qualification ni aucun diplôme, mais cette proportion se monte à un sur six pour ceux nés de parents maghrébins, et 28,3 % pour les jeunes immigrants de première génération venant du Maghreb. Et là la réponse du gouvernement est de carrément jeter ces jeunes hors de l’école, ce qui fait de la France le seul pays en Europe, avec la Serbie, où l’école ne sera plus obligatoire jusqu’à au moins 15 ans. La bourgeoisie ne souhaite pas payer pour leur éducation ; ils ont déjà établi que si ces jeunes s’en sortent, pour la majorité ils seront mis au rebut pour rejoindre les rangs de l’armée de réserve des chômeurs.
En termes de logement le gouvernement reconnaît une crise, citant un déficit officiel de 600 000 HLM. Et de plus en plus les personnes à la peau plus foncée se tournent vers le logement social parce que même quand ils peuvent se payer un loyer sur le marché libre, ils sont souvent rejetés par les propriétaires racistes (une chose qui se produit aussi avec les sociétés de logement social, dont les patrons politiques ne s’intéressent pas aux étrangers qui ne votent pas). A quoi la réponse du gouvernement est d’accélérer encore plus la destruction des logements sociaux et de faire au lieu de cela la promotion de l’accession à la propriété. Un tel projet continuera à renforcer la ségrégation raciale – c’est en général ceux dont la peau est assez blanche ou dont le nom est assez « français » qui obtiendront les prêts bancaires nécessaires.
Une mesure plus contradictoire que met en place le gouvernement en réponse à la révolte des jeunes est de réinstaurer une partie des subventions qu’ils avaient coupées pour le travail social dans les ghettos. Les gaullistes et les sociaux-démocrates ont jeté depuis des années quelques miettes aux associations et même aux imams, qui en échange sont censés repayer leur mécène en agissant comme « pompiers sociaux » – calmer les jeunes et les amener à protester, s’il le faut, de façon pacifique dans les urnes, ou prier pour le réconfort dans un autre monde au lieu de celui-ci. Certaines associations, comme Ni putes ni soumises, malgré leur nom, se plient à ce jeu – se drapant des couleurs tricolores, saluant les valeurs républicaines contre les femmes voilées et demandant plus d’intervention policière dans les ghettos.
Comme nous l’écrivions dans un article publié dans Spartacist (édition française n° 35, printemps 2003) :
« En fonction de ses besoins économiques, l’impérialisme importe dans le prolétariat, au plus bas de l’échelle, de nouvelles sources de main-d’œuvre bon marché, essentiellement des immigrés venant des régions du monde les plus pauvres et dont on considère qu’on peut plus facilement se débarrasser en période de récession économique. »
Et nous écrivions qu’aujourd’hui :
« Les enfants de ceux qui ont créé la richesse de la France dans l’après-guerre n’ont plus la possibilité de trouver des emplois comme leurs pères, qui étaient pourtant la main-d’œuvre la plus exploitée et la moins payée. Les usines où les pères immigrés travaillaient sont maintenant fermées ou licencient. Les jeunes issus de l’immigration sont traités comme une population superflue dont la bourgeoisie n’a plus besoin. La bourgeoisie n’a plus la possibilité de faire des gros profits avec l’exploitation économique de ces jeunes et n’est donc pas motivée pour investir de l’argent dans les écoles et dans les banlieues populaires. La seule “industrie” en expansion, c’est la police et les prisons. »
Pour des mobilisations ouvrières contre la terreur raciste !
Il est dans l’intérêt de tout le mouvement ouvrier de s’opposer de toutes ses forces à la discrimination et aux attaques contre les jeunes des ghettos, et de lutter pour la libération immédiate de ceux qui sont encore emprisonnés. Ces attaques visent directement toute une partie de la classe ouvrière, pour l’essentiel les travailleurs originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest et leurs enfants, qui malgré la désindustrialisation massive du pays sont toujours présents au cœur de l’industrie française, surtout dans des postes non qualifiés. L’oppression raciste et la stigmatisation des jeunes des banlieues par la bourgeoisie visent à diviser la classe ouvrière et à l’affaiblir dans son ensemble, à un moment où le gouvernement redouble les attaques et les mesures de répression contre le prolétariat en général. Une attaque contre un est une attaque contre tous !
En l’espace d’à peine un mois, entre fin septembre et début novembre, de Villepin a eu recours au GIGN contre les marins de la SNCM, au plan raciste « antiterroriste » de Vigipirate pour casser une grève de bagagistes à Roissy, à une injonction anti-grève du tribunal de Marseille contre la grève des traminots, et à l’état d’urgence. Le gouvernement a ensuite prolongé l’état d’urgence de trois mois même si la révolte des jeunes avait été brisée, en partie parce qu’il voulait disposer de l’éventail de mesures répressives le plus large possible à la veille d’une grève reconductible à la SNCF (finalement il a pu compter sur les bureaucrates de la CGT et de SUD pour désamorcer la grève eux-mêmes).
Alors que les cités étaient sous occupation policière et que des centaines de jeunes étaient jetés en prison, la bureaucratie syndicale de la CGT a à peine fait une déclaration pour la forme, laissant les jeunes isolés face à toute la violence de l’Etat capitaliste – ses flics, ses juges, etc. Mais la classe ouvrière peut être mobilisée en défense des jeunes soumis à la terreur raciste de l’Etat bourgeois. Le 9 novembre à Bobigny dans le 9-3 une manifestation ouvrière départementale multiethnique, qui avait été appelée des semaines auparavant par les syndicats sur des revendications économiques, s’est focalisée contre les mesures policières racistes, montrant que dans le prolétariat de ce pays il y a un sentiment pour lutter contre l’oppression raciste.
Mohamed El Ghali, délégué CGT de la société de transport DHL, a par exemple reçu de vifs applaudissements quand il a de façon répétée dénoncé le couvre-feu et son origine dans la guerre d’Algérie ; tout en condamnant les dégradations faites par les jeunes, il appelait à comprendre les raisons de leur colère (voir l’Humanité, 10 novembre). Des travailleurs de chez Citroën à Aulnay établissaient aussi le lien entre le licenciement fin octobre de plus de 500 intérimaires, et l’explosion de révolte dans les cités de cette ville. Un autre délégué venant de la plate-forme aéroportuaire de Roissy (où travaille un frère de Bouna Traoré, l’un des jeunes tués à Clichy) a dénoncé les mesures « antiterroristes », qui ont depuis les attentats criminels du World Trade Center permis aux flics de retirer leur badge à beaucoup de jeunes travailleurs, notamment d’origine maghrébine, qui ont ainsi perdu leur travail. A bas Vigipirate ! Il faut un parti ouvrier révolutionnaire, un vrai « tribun du peuple », c’est-à-dire se faisant le héraut de la lutte contre toutes les formes de l’oppression et cherchant à transformer ces luttes en une lutte générale derrière la classe ouvrière pour renverser le système capitaliste dans une révolution socialiste.
Le PS à la traîne de Sarkozy, le PC à la traîne du PS…
Les jeunes, qui n’ont pas de puissance sociale par eux-mêmes, n’ont vu d’autre manière d’exprimer leur colère qu’en brûlant (à part des commissariats) des voitures d’ouvriers, des écoles et des gymnases, faisant du tort essentiellement à eux-mêmes et à leurs familles. Au lieu d’être mobilisés derrière une perspective révolutionnaire, c’est-à-dire de lutter contre l’oppression raciste du capitalisme à travers la seule force qui puisse renverser celui-ci, la classe ouvrière, les jeunes aujourd’hui identifient en grande partie le mouvement ouvrier au chauvinisme français des bureaucrates syndicaux et des partis réformistes, et du coup ils s’en détournent. Le PS et le PCF ont en effet dans les premiers jours de la révolte soutenu le rétablissement de l’ordre, ce qui a encouragé le gouvernement capitaliste à décréter l’état d’urgence. Les dirigeants du PS ont alors proposé au gouvernement de Villepin-Sarkozy un « pacte de non-agression » en échange de leur soutien initial à l’état d’urgence (le Figaro, 9 novembre), un maire PS allant jusqu’à exiger l’intervention de l’armée dans les quartiers. Le chef du PS, François Hollande, soutenait l’état d’urgence, de même que Jospin et que le champion du « non de gauche » à la « Constitution européenne », Laurent Fabius, qui déclarait : « Je ne reprocherai jamais à tel ou tel gouvernement de faire preuve de fermeté » (le Monde, 10 novembre). Fabius sait de quoi il parle : il était Premier ministre quand, le 12 janvier 1985, l’état d’urgence a été décrété en Nouvelle-Calédonie contre les nationalistes kanaks qui luttaient pour leur indépendance ; le même jour Eloi Machoro, dirigeant kanak, était assassiné par le GIGN.
Dans la foulée le PS a déclaré fin novembre son soutien global à la nouvelle loi « antiterroriste » de Sarkozy qui renforce le flicage des cafés internet, la multiplication des caméras de surveillance et systématise la menace de déchéance de la nationalité française (finalement le PS s’est abstenu lors du vote). La plupart du temps les personnes sont condamnées pour terrorisme sur la simple présomption qu’elles auraient des relations plus ou moins vagues avec des personnes plus ou moins soupçonnées d’avoir de plus ou moins « mauvaises pensées ».
Quant au Parti communiste, il s’est opposé à l’état d’urgence. Il publie tous les jours des tirades contre Sarkozy dans l’Humanité, fait campagne contre les déportations, reprend la question du droit de vote pour les immigrés (qui avait été enterrée sous le gouvernement Jospin, dont faisait partie le PC). Mais là où on peut voir que la lutte contre le racisme n’est pas une vraie question pour eux, c’est que, malgré les récentes prises de position dans le style « Parti de l’ordre » du PS, le PC est à nouveau en train de rassembler des soutiens pour le PS aux prochaines élections. Le prétexte pour la fable du PC selon laquelle le PS vient de faire un tournant à gauche, c’est le récent congrès du PS où la majorité, qui avait fait campagne pour un vote « oui » à la très anti-ouvrière « Constitution européenne », a fait la « synthèse » avec Fabius, l’homme de l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie ! Le PS a bien besoin d’un lifting en préparation des élections, mais la base politique de leur « synthèse » était en réalité le soutien à la politique de répression raciste du gouvernement. Cela annonce que tout gouvernement à venir de collaboration de classes incluant le PS (avec le PCF à l’intérieur de ce gouvernement ou en appui extérieur), pratiquerait le même genre d’austérité anti-ouvrière et de terreur raciste que le gouvernement actuel et que le gouvernement Jospin-Buffet de 1997-2002.
… et avec LO et LCR juste derrière
Et la LCR et LO servent simplement de couverture de gauche à une telle nouvelle alliance de « front populaire » entre les partis réformistes et des formations capitalistes comme les Verts, les Radicaux de gauche et les chevènementistes. Lors du meeting parisien contre la privatisation d’EDF du 8 novembre, jour du décret d’état d’urgence, Besancenot pour la LCR et Laguiller pour LO partageaient une tribune – sans dire un mot contre lui – avec le chevènementiste Georges Sarre… alors que Chevènement décrétait le couvre-feu à Belfort dont il est maire.
A la tribune il y avait aussi Frédéric Imbrecht, le chef bureaucrate de la CGT de l’Energie qui en 2004 a personnellement poignardé dans le dos la grève des électriciens contre la privatisation d’EDF. Mais Laguiller, loin de rappeler cette trahison, concluait simplement en souhaitant se retrouver avec ce genre de gens « côte à côte dans la mobilisation », rehaussant ainsi la réputation ternie parmi les ouvriers de bureaucrates comme Imbrecht (voir le discours de Laguiller ce soir-là reproduit dans Lutte Ouvrière, 11 novembre ; dans l’enregistrement sonore disponible sur le site internet de la LCR elle ajoute « tous ensemble »).
Laguiller s’est livrée à un discours sous-réformiste du type « ce serait à l’Etat d’assumer sa responsabilité » ; l’Etat bourgeois assume très bien sa responsabilité, qui est centralement de maintenir l’ordre bourgeois raciste. Laguiller a bien mis en avant une série de revendications comme des classes de 12 élèves, etc., ce qui est bel et bon, mais LO refuse de reconnaître l’oppression spécifique de ces jeunes en tant que descendants « non blancs » de peuples ex-coloniaux, traités comme des être humains inférieurs. LO fait le jeu de ces préjugés quand elle dit que ces jeunes n’ont pas appris « un minimum de langage permettant de comprendre un raisonnement », ni à lire assez correctement pour « pouv[oir] assimiler des textes un peu complexes » (Lutte Ouvrière, 11 novembre). Ce n’est pas très différent au niveau du paternalisme chauvin que les saillies de Chevènement contre les « sauvageons ».
Certains jeunes de la LCR se bercent d’illusions que la LCR, ou au moins Besancenot, refuserait par principe d’entrer dans un gouvernement capitaliste avec les « sociaux-libéraux » du PS. Ils font la sourde oreille aux déclarations de Besancenot à l’université d’été de la LCR qu’il est prêt à participer à un « nouveau pouvoir politique unitaire » qui gouvernerait (voir Rouge, le journal de la LCR, 1er septembre). Ils ne doivent pas lire non plus l’Humanité qui encore le 25 novembre rapportait les propos d’Agnès Jamain de la LCR que celle-ci était « prête à participer à un gouvernement ». Cela fait trois ans qu’un dirigeant de leur organisation brésilienne est ministre dans le gouvernement de Lula et continue à être le « camarade » de Besancenot. Ce n’est pas parce que le Brésil est un pays opprimé par l’impérialisme qu’il n’est pas capitaliste, avec un gouvernement capitaliste si « néolibéral » qu’il est applaudi comme élève modèle par le FMI pour son austérité anti-ouvrière.
Lula est tellement discrédité que la LCR a maintenant une nouvelle marotte, le régime populiste bourgeois de Hugo Chávez au Venezuela en butte à l’hostilité impérialiste des USA. Rouge (17 novembre) publie fièrement une photo de Besancenot en compagnie de Chávez, et François Sabado, le mentor de Besancenot, insiste que « Chávez est aujourd’hui un allié ». Un allié de la LCR peut-être, mais pas des jeunes des banlieues de France : dans le même numéro de Rouge quatre pages plus loin ils citent Chávez déclarant le 10 novembre « Nous condamnons cela » (la révolte des jeunes) et « nous exprimons notre solidarité au peuple français et au gouvernement français, qui est un gouvernement frère, un ami ». La LCR alliée de Chávez ami de Chirac… lui-même élu entre autres avec les voix de la LCR aux élections de mai 2002. Cela fait longtemps que la LCR franchit la ligne de classe et soutient directement la bourgeoisie quand une bonne occasion se présente.
La lutte contre le chômage
Fondamentalement la réponse des réformistes à l’explosion des jeunes contre la terreur raciste, c’est de « défendre les services publics ». Nous sommes effectivement contre les attaques visant les services publics et contre les privatisations, car elles représentent des attaques contre les travailleurs et les syndicats impliqués, et nous nous opposons aussi au démantèlement continu de l’« Etat-providence » depuis notamment la contre-révolution en Union soviétique (voir notre article page 5). Ce sont des attaques contre le niveau de vie de l’ensemble de la classe ouvrière. Mais les emplois des services publics sont réservés aux citoyens de l’Union européenne – A bas l’article 1 du statut de la Fonction publique qui officialise la discrimination raciste à l’embauche ! Mais même si on a des papiers français, avec un « mauvais » code postal ou un « mauvais » nom on se fait rejeter d’office.
Il faudrait une riposte ouvrière contre la discrimination raciste à l’embauche, dans le secteur public comme dans le secteur privé, ainsi que contre les coupes sombres dans la santé, l’éducation et les retraites. Il faudrait des embauches massives dans la construction et dans les transports pour rendre vivables les cités-ghettos (il n’y a même pas de gare à Clichy-sous-Bois !) Face au chômage massif qui frappe pratiquement la moitié de ces jeunes, nous luttons pour un programme incluant le partage du travail entre toutes les mains, avec réduction correspondante du temps de travail sans baisse de salaire. Mais ceux qui dirigent le mouvement ouvrier aujourd’hui, que ce soit la direction de partis comme le PC ou le PS ou la direction des syndicats, ne se battront jamais pour une telle perspective parce que leur programme est de collaborer avec la bourgeoisie, pour un gouvernement de front populaire afin d’administrer son système capitaliste.
Le capitalisme est incapable de fournir du travail à tout le monde ni de résoudre les besoins vitaux de la population. Il crée le chômage comme le soleil crée l’ombre, pour faire pression à la baisse sur les salaires et disposer d’un volant de réserve de main-d’œuvre qu’il peut aussi brandir pour menacer de remplacer les travailleurs qui feraient grève ou protesteraient. Les réformistes à la Lutte ouvrière revendiquent au contraire « l’interdiction des licenciements » ; ils enjolivent le capitalisme en laissant entendre qu’on pourrait liquider le chômage sans liquider tout le système capitaliste par une révolution ouvrière.
Etat d’urgence et démocratie bourgeoise
L’état d’urgence signifie la possibilité pour les flics de décréter toute une série de mesures d’arbitraire policier : couvre-feu, perquisitions de jour comme de nuit sans mandat judiciaire, fermeture de lieux de réunion, de salles de spectacles et même de bars, interdiction des meetings et rassemblements, censure de la presse et des cinémas, expulsions et assignations à résidence, etc. Cette loi a été votée en avril 1955 contre la lutte de libération nationale algérienne qui avait commencé quelques mois plus tôt. C’est tout un symbole que cette loi soit aujourd’hui mise en œuvre contre les enfants et les petits-enfants des travailleurs algériens qui le 17 octobre 1961 à Paris manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu, et qui par centaines ont été tués par les flics. Le tract du 8 novembre de la LCR a pour titre « L’état d’urgence, un crime contre la démocratie ! » C’est le genre de boniment typique de réformistes qui enjolivent la démocratie bourgeoisie et se prosternent devant elle au lieu de profiter de l’occasion pour montrer que la démocratie bourgeoise c’est en réalité la démocratie seulement pour les bourgeois, et la dictature de la bourgeoisie contre les ouvriers. Le camarade Lénine écrivait en 1918 (la Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky) :
« Prenez les lois fondamentales des Etats contemporains, prenez leur administration, prenez la liberté de réunion ou de presse, prenez “l’égalité des citoyens devant la loi”, et vous verrez à chaque pas l’hypocrisie de la démocratie bourgeoise bien connue de tout ouvrier honnête et conscient. Il n’est point d’Etat, même le plus démocratique, qui n’ait dans sa Constitution des biais ou restrictions permettant à la bourgeoisie de lancer la troupe contre les ouvriers, de proclamer la loi martiale, etc., “en cas de violation de l’ordre”, mais, en fait, au cas où la classe exploitée “violait” son état d’asservissement et si elle avait la velléité de ne pas se conduire en esclave. […]
« Plus la démocratie est développée et plus elle est près, en cas de divergence politique profonde et dangereuse pour la bourgeoisie, du massacre ou de la guerre civile. Cette “loi” de la démocratie bourgeoise, le savant M. Kautsky aurait pu l’observer à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans la France républicaine […]. »
La terreur raciste des flics, le recours aux lois d’exception dès qu’il y a des troubles, tout cela est inhérent au système capitaliste. Les formes les plus démocratiques de gouvernement dans la société capitaliste sont simplement celles où la brutalité de la domination capitaliste est le mieux masquée, le mieux couverte d’un voile d’hypocrisie parlementaire. Le rôle des révolutionnaires est de déchirer ce voile pour chercher à faire pénétrer dans la conscience des masses travailleuses et opprimées que la seule issue est une lutte pour le renversement de tout ce système capitaliste pourri par une révolution ouvrière. Nous luttons pour construire un parti bolchévique, c’est-à-dire un parti ouvrier multiethnique d’avant-garde du même type que celui de Lénine, pour diriger une telle révolution à la victoire, comme en octobre 1917 en Russie.
Nous reproduisons ci-dessous notre tract publié le 5 novembre.
Libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés !
Les flics racistes provoquent une révolte massive des jeunes d’origine immigrée
Le 27 octobre à Clichy-sous-Bois, près de Paris, deux jeunes d’origine africaine, Ziad Benna et Bouna Traoré, ont été tués dans un transformateur électrique où ils cherchaient refuge contre une rafle policière. Depuis plus d’une semaine les cités et les quartiers immigrés sont en feu. Des milliers de voitures, des entrepôts et des magasins ont brûlé. Cette agitation sans précédent continue de s’étendre dans toute la France. Le gouvernement, quant à lui, continue à attiser la colère en envoyant des milliers de CRS investir les quartiers pauvres. Des centaines de jeunes ont été arrêtés, plusieurs ont déjà été condamnés à des mois de prison ferme. Nous exigeons la libération immédiate de tous les jeunes emprisonnés et la levée de toutes les inculpations. A bas la terreur policière raciste contre les cités immigrées ! Nous nous opposons aussi à Vigipirate, un plan consistant à envoyer des patrouilles communes de la police et de l’armée dans les gares, les stations de métro et les aéroports, et qui est au « niveau rouge » depuis cinq mois maintenant.
L’explosion a commencé à Clichy-sous-Bois, une cité délabrée avec un taux de chômage officiel de 25 %, ce qui veut probablement dire plus de 50 % pour les jeunes. Pas étonnant que Clichy ait explosé. La bourgeoisie n’a pas grand-chose à offrir à ces jeunes à part des patrouilles de police, la prison et la mort – dans certaines prisons environ 80 % des prisonniers sont de culture musulmane, contre moins de 10 % dans la population. Une récente étude sociologique documente ce qu’on y appelle « l’apartheid scolaire », avec une ségrégation raciste qui est maintenant encore plus intense que dans le logement. Ce qui en résulte c’est que ces jeunes ont peu ou pas de perspective de finir l’école ou trouver un travail. Et cela va de mal en pis depuis 20 ans, sous des gouvernements de droite comme de « gauche ». Le racisme est inhérent au capitalisme, et en France il est également enraciné dans son passé colonial : la bourgeoisie française continue d’être rongée par le ressentiment contre sa défaite dans la lutte de libération algérienne il y a plus de 40 ans. Pour lutter efficacement contre le racisme il faut lutter pour renverser l’ensemble du système capitaliste.
Des émeutes comme celles-ci sont l’expression du désespoir de jeunes au chômage, si marginalisés qu’ils n’ont aucun pouvoir pour changer quoi que ce soit dans la société. Ces émeutes ont donné lieu à des attaques indiscriminées contre des individus qui ne faisaient que se trouver là au mauvais moment, et pour l’essentiel elles dévastent encore plus les quartiers où doivent vivre ces jeunes. Pourtant, malgré toute l’énergie dépensée et la dévastation infligée, ce genre d’explosion n’apporte en général aucun changement. C’est pourquoi il est tellement important que les travailleurs se battent pour améliorer les conditions de vie dans ces quartiers. La classe ouvrière est la force sociale qui a objectivement l’intérêt et le pouvoir de renverser tout ce système capitaliste d’exploitation, de racisme et de misère. Aulnay-sous-Bois est une autre ville du 9-3 qui était en pointe dans les émeutes récentes. A Aulnay il y a aussi une grosse usine Citroën où en mars des jeunes travailleurs, principalement d’origine immigrée d’Afrique du Nord et de l’Ouest, ont démarré une grève qui a gagné. Des dizaines de milliers de jeunes de la région ont des boulots sur l’aéroport voisin de Roissy, l’un des plus grands d’Europe. Il est possible de déchaîner la puissance de la classe ouvrière multiethnique de la zone, française et immigrée, pour lutter contre les terribles conditions de vie dans les cités et en défense des jeunes qui s’y révoltent. Mais pour cela ce qu’il faut c’est une lutte sans relâche contre la bureaucratie syndicale chauvine, qui met un frein aux luttes de la classe ouvrière et les trahit, car au fond elle partage les préoccupations de la bourgeoisie voulant que le capitalisme français soit plus « compétitif » contre ses rivaux internationaux.
L’attaque brutale du gouvernement contre toute une génération de jeunes a pour but d’attiser la division dans la classe ouvrière multiethnique du pays, dans un contexte d’attaques féroces contre l’ensemble du prolétariat et d’une résistance ouvrière croissante. Après que les marins de la SNCM ont perdu leur grève, poignardés dans le dos par la direction de la CGT (voir notre tract « Victoire à la grève de la SNCM et des dockers ! » [page 9]), le gouvernement essaie de briser une grève des transports publics qui dure depuis un mois, avec un arrêt anti-grève du tribunal. Il y a un appel à la grève de tous les principaux syndicats de la SNCF qui commence le 21 novembre. C’est pourquoi il est d’autant plus urgent pour le mouvement ouvrier organisé de s’opposer à l’attaque raciste du gouvernement. C’est une question de vie ou de mort pour que la classe ouvrière soit unie et repousse les attaques contre son niveau de vie et les services publics. Comme nous le disions dans le dernier numéro du Bolchévik (septembre) :
« Une attaque contre un est une attaque contre tous. Le mouvement ouvrier tout entier […] doit se mobiliser en défense de ses frères de classe plus vulnérables, les travailleurs originaires d’Afrique du Nord et de l’Ouest notamment, qui forment une composante stratégique du prolétariat de ce pays, que ce soit dans le bâtiment, dans l’industrie automobile ou parmi les éboueurs de la ville de Paris. Il faudrait une campagne de syndicalisation des intérimaires, CDD et “contrat nouvelle embauche”. A bas Vigipirate ! A bas les expulsions racistes et les charters ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici ! Troupes françaises, hors d’Afrique ! »
Police de proximité ou CRS : chiens de garde de l’ordre bourgeois
Mais les bureaucrates syndicaux et les partis réformistes ont honteusement refusé de protester contre l’attaque raciste du gouvernement à Clichy-sous-Bois et dans d’autres quartiers. Ils se plaignent surtout de Sarkozy, le ministre de la police, comme d’un cinglé qui poursuit seulement sa carrière présidentielle. Ils donnent ainsi un soutien par la bande à son rival, le Premier ministre de Villepin qui est fortement pro-Chirac, et qui a même augmenté le niveau de répression policière depuis qu’il a repris le dossier après les premiers jours d’émeute. Les réformistes critiquent fortement Sarkozy pour avoir envoyé les CRS dans des opérations coup-de-poing contre les ghettos où vivent les minorités. Au lieu des raids de Sarkozy ils préconisent la soi-disant bonne vieille « police de proximité », mise en place par l’ex-gouvernement de front populaire de Jospin et Buffet, actuellement dirigeante du Parti communiste (PCF) ; le PCF et Lutte ouvrière ont même attaqué Sarkozy pour avoir réduit les effectifs policiers travaillant au quotidien dans les cités. Ainsi LO écrit (Lutte Ouvrière, 8 juillet) :
« En contradiction complète avec ses promesses, le ministre Sarkozy a mené dans son domaine la même politique que ses collègues : tours de passe-passe sur les effectifs pour cacher leur baisse, fermetures de postes de police, budgets non pourvus. »
La « police de proximité » était un concept favori de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la police dans le gouvernement Jospin, et qui est encore partout détesté par les sans-papiers et par les jeunes des banlieues qu’il aimait appeler « sauvageons ». C’est lui qui a mis en place de nouvelles lois pour poursuivre en justice quiconque aiderait des travailleurs sans-papiers. Le fait que le PS et le PCF veuillent en revenir à la « police de proximité » de Jospin et Chevènement est un présage funeste pour les immigrés et les jeunes. C’était les flics de Jospin qui ont tué Habib Ould Mohamed à Toulouse en 1998, provoquant une émeute pendant trois jours entiers dans le quartier du Mirail ; cette émeute a été étouffée par une mobilisation massive des CRS exactement comme le font maintenant Sarkozy et de Villepin. A nouveau en avril 2000, une patrouille de proximité a tué Ryad Hamlaoui près de Lille, provoquant une nouvelle vague de protestations.
Le PCF a fait une déclaration spéciale sur Clichy, dans laquelle il demande de : « Mettre la police au service de toute la nation, ce qui implique : démocratisation, formation, proximité, moyens adaptés » (l’Humanité, 4 novembre). L’éditorial de LO sur Clichy mentionne l’immigration ou le racisme une seule fois, et ceci pour mettre en garde que la démagogie de Sarkozy « encourage les attitudes les plus répressives de la police et le racisme de nombre de ses éléments » (Lutte Ouvrière, 4 novembre). Comme si avec un autre ministre des flics, ou si on se débarrassait de quelques mauvais éléments dans la police, on pouvait avoir une « bonne » police républicaine. Tous ces réformistes essaient de réhabiliter la police aux yeux des jeunes opprimés, alimentant ainsi des illusions mortelles dans la République bourgeoise. On ne peut pas réformer la police pour qu’elle serve la population. Ce qui distingue les réformistes des révolutionnaires c’est que les réformistes répandent le mensonge qu’on peut la réformer. Comme les autres bandes d’hommes armés qui constituent le noyau de l’Etat (les gardiens de prison, l’armée), les flics ont pour fonction de protéger la propriété privée des moyens de production dans les mains des capitalistes. Ils ont un monopole légal sur les armes afin de maintenir le système capitaliste : ils sont les chiens de garde de la bourgeoisie, et non des « travailleurs en uniforme » : Police, gardiens de prison, hors des syndicats !
PCF, LCR, etc. magouillent pour un nouveau « front populaire »
Dans sa déclaration le PC accuse Sarkozy : « Le gouvernement se montre incapable de garantir l’ordre public » (l’Humanité, ibid.) Le PS et le PC utilisent les émeutes actuelles pour redorer leur blason bien terni, et pour se présenter comme ceux qui sont capables de maintenir l’ordre dans les quartiers immigrés, et que la bourgeoisie peut donc leur faire confiance pour faire tourner l’Etat bourgeois avec moins d’à-coups.
Au fond la question pour le PC c’est de mettre en avant une nouvelle coalition, comprenant des partis bourgeois comme les Verts, les chevènementistes et les Radicaux de gauche, pour gagner les élections de 2007. Et la LCR ainsi que LO (bien que de façon moins directe) les aident. La « gauche », comprenant le PC et les pseudo-trotskystes de la LCR et de LO, partagent une tribune le 8 novembre à Paris avec deux petits partis bourgeois pro-chevènementistes, le MARS et le MRC, soi-disant contre la privatisation d’EDF. Ainsi la LCR et LO nourrissent les illusions que l’on pourrait combattre l’assaut capitaliste en faisant l’unité avec des partis capitalistes !
A bas Vigipirate et la campagne raciste « contre le terrorisme » !
Début octobre à l’aéroport de Roissy, les bagagistes sont partis en grève pour l’embauche des CDD et pour les salaires (suite à la privatisation d’Air France sous le gouvernement précédent de Jospin/Buffet). La grève a été brisée par le gouvernement qui a utilisé Vigipirate et une soi-disant menace terroriste si les bagages n’étaient pas triés. Cela montre de façon très concrète ce que nous disons depuis des années : Vigipirate vise tous les immigrés, tous les jeunes d’origine immigrée et la classe ouvrière dans son ensemble. Il pourrait de nouveau être utilisé dans les semaines qui viennent si une grande grève démarre à la SNCF.
LO a refusé depuis le premier jour de s’opposer à Vigipirate, et cela va de pair avec leur rôle dirigeant dans la campagne pour exclure des écoles les jeunes femmes portant le foulard islamique. En France l’islam est une religion des opprimés et des cités ghettos. Le foulard représente un programme social réactionnaire qui confine les femmes à la maison dans un état de servitude. Mais renvoyer du lycée des filles musulmanes ne peut que renforcer leur isolement et leur oppression ; et cela alimente le racisme contre tous les immigrés. Nous nous opposons à ces campagnes racistes et nous défendons les jeunes femmes qui portent le foulard contre l’Etat bourgeois. LO au contraire a salué la loi Chirac qui interdisait le foulard, une loi raciste qui fait partie intégrante du harcèlement quotidien contre les musulmans, et Arlette Laguiller a même manifesté le 6 mars 2004 bras dessus, bras dessous avec Nicole Guedj (UMP), alors secrétaire d’Etat à la construction des prisons.
Il est vrai que LO se mobilise pour les sans-papiers, tout comme de nombreux libéraux bourgeois qui croient que la République française doit être capable d’intégrer ces immigrés qui souvent sont en France depuis des années et ont fondé une famille ici. Cependant le racisme contre les jeunes des cités va très profond, jusqu’au cœur de ce qu’est le capitalisme français, et divise profondément la classe ouvrière dans ce pays. LO évacue consciemment la question, parlant seulement des « quartiers populaires » et évitant la question de l’oppression raciale. Ce qu’il faut c’est forger l’unité révolutionnaire de la classe ouvrière, en commençant par des mobilisations ouvrières contre la terreur policière raciste. Nous luttons pour construire un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique, déterminé à diriger le prolétariat de ce pays vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/174/clichy.html
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